À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 09 septembre 2019

Suite au décès de l’icône de la libération du Zimbabwé, Ivoirois.com a décidé de publier un dossier POUR RENDRE UN HOMMAGE MÉRITÉ À ROBERT MUGABÉ, en collaboration avec le Docteur Bangali N’Goran, historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ.

Il est auteur de plusieurs publications portant sur les méthodes syndicales, les stratégies politiques et les grands problèmes contemporains.


Dr. NGORAN BANGALY

Dans ces publications, le Dr. NGORAN BANGALI parle de l’homme et de son combat pour que la Rhodésie du sud redevienne le Zimbabwe.

La première Partie : COMMENT LE ZIMBABWE EST DEVENU PROPRIETE PRIVÉE DE CECIL RHODES (1/3) Deuxième : LE VISAGE DE L’APARTHEID RHODÉSIEN AVANT LA POLITIQUE DE REDISTRIBUTION DES TERRES PAR MUGABÉ (2/3) Troisième : ROBERT MUGABÉ AU POUVOIR, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE (3/3)

COMMENT LE ZIMBABWE EST DEVENU PROPRIÉTÉ PRIVÉE DE CECIL RHODES

La plupart de ceux de notre génération ont découvert le Zimbabwe et Robert Mugabe à travers le contentieux de redistribution des terres qui les opposait à l’impérialisme anglo-saxon. Contentieux que les bras armés médiatiques du lobby néo-rhodésien ont pris pour prétexte pour refaire l’histoire de ce pays libéré du joug tenace d’un colonialisme de type apartheid le 18 avril 1980.

Le Zimbabwe actuel est l’héritier d’un passé faste attesté par les ruines de Monomotapa qui figurent dans les armoiries du pays indépendant. Ce berceau historique des Matabélés (Ndébélés) et des Mashonas (Shonas) ne rentre en contact avec les premiers aventuriers européens qu’au XVIème siècle avec le passage des portugais, et ensuite au XIXème avec les anglais sous l’initiative personnelle de CECIL RHODES. Ce citoyen britannique né en 1853 immigre en Afrique du sud où l’Angleterre avait deux colonies ; celle du Cap et du Natal. Il fera fortune dans la propriété minière. Promu premier ministre de la Colonie du Cap, il échafauda l’annexion des territoires du Matabéléland et du Mashonaland.
Après l’obtention de la concession de Rudd par ses émissaires sur les terres Zimbabwéennes, CECIL RHODES est reconnu par la Grande-Bretagne à travers la charte royale délivrée le 29 Octobre 1889 comme le propriétaire foncier du Matabeleland et du Mashonaland.

LA RHODÉSIE DU SUD NÉE D’UN ABUS DE CONSCIENCE

En réalité, la concession de Rudd est un document écrit où le roi Matabélé, LOBENGULA, aurait apposé son empreinte digitale en guise de consentement pour céder l’exploitation de ses terres à CECIL RHODES. Sauf que ce roi illettré et son entourage, ne sachant pas lire également, ils s’étaient fait traduire le contenu de l’accord par les hommes de CECIL RHODES qui en était les auteurs. Ceux-ci ayant prémédité de les déposséder de leur terre, ont donné une version orale contraire à ce qui était écrit sur le papier.

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Cecil Rhodes


Bardé de son titre de propriétaire terrien, acquis par des mensonges et par la ruse, mais acquis tout de même, CECIL RHODES organise depuis le Cap une petite « conférence de Berlin » où il partage « ses terres » à des candidats à l’aventure. Ils sont au nombre de 180 Blancs bénéficiaires (afrikaners et britanniques). Il attribue à chacun environ 3 172,83 acres (1 284 ha) de terre et des titres aurifères gratuits.

Aux premières lueurs du 6 mai 1890, ces pionniers de l’occupation Zimbabwéenne, escortés par une force armée de 500 hommes, forment une longue colonne de chariots se dirigeant vers le nord. Cette colonne aventurière, après avoir franchi le Limpopo et les hauts plateaux du Mashonaland s’arrêta aux alentours de Harare kapje (les collines de Harare).Elle y bâti son camp et au soir inoubliable du 12 septembre 1890, l’UNION JACK est hissé sur la « terre promise », à l’emplacement actuel de HARARE. Cette présence européenne interprétée, au départ, par les autochtones africains comme un groupe de visiteurs étrangers de passage sur leur territoire, sera mal digérée par ces derniers lorsqu’ils se rendront compte de la cruelle évidence.

LA RÉVOLTE CONTRE L’OCCUPATION RHODESIENNE

La cohabitation débouche très vite sur une première révolte des Mashonas et des Matabélés menés par le roi LOBENGULA contre l’imposture rhodésienne.
Après d’âpres combats, le non-équipement des africains en arme à feu aidant, les Rhodésiens prennent le dessus. Le 4 Novembre 1893, Bulawayo, la résidence royale de LOBENGULA est prise.

 La déclaration officielle de la colonie de Rhodésie du sud faite en 1895 suscite le retour à la violence. La résistance des chefferies autochtones reprend au cri du « murenga!» (rébellion).

 Le 24 mars 1896, un colon est tué dans le district de Zingwanie au Matabéléland.
Cet acte insurrectionnel, suivi d’une réaction à la chaîne, répand, comme une traînée de poudre au gré du vent, la levée de l’étendard de la révolte dans tous les autres districts. Certains rhodésiens (colons blancs), traqués, se retranchent dans les fortifications de BULAWAYO. Mais cette ancienne cité royale est encerclée. D’autres colons rhodésiens ayant survécu à la fureur des impies (guerriers matabélés) se réfugient à GWELO et BELINGWE.

UNE RÉVOLTE MATÉE À LA DYNAMITE PAR LES RENFORTS ANGLAIS

Les troupes rhodésiennes, aux abois, sollicitent alors le renfort des troupes royales anglaises stationnées en Afrique du sud, au Cap.
Défaits par les colonnes britanniques, les rebelles Noirs abandonnent le siège de Bulawayo et se retranchent dans les collines de Matopos et à Teba-Zika-Mambo d’où ils seront massacrés à la dynamite le 5 juillet 1896.
Dans le Mashonaland, la guérilla résista plus longtemps aux troupes du Lieutenant-colonel Alderson qui arrivent, cependant, à dégager la route de Salisbury-Umtali. Les répressions qui s’en suivent tuèrent tout ce qui peut être tuer. Les grottes et tavernes où se sont réfugiés les femmes, les enfants et les vieillards furent aussi dynamitées.
Kagubi et Nehanda, des meneurs de cette guérilla, capturés par les britanniques seront pendus le 27 avril 1897 comme des criminels pour avoir tenté de rétablir la justice et l’ordre coutumiers destitués par l’oppresseur.

De la terrible répression qui suivra cette dernière confrontation raciale, est née une Rhodésie du sud où une poignée de 200.000 « aventuriers » blancs surarmés tiendront en respect, des décennies durant, une « marée noire » de 5 millions d’africains paralysés par la peur héritée de cette défaite.

Docteur Bangali N’Goran

Historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ

À suivre: LE VISAGE DE L’APARTHEID RHODÉSIEN AVANT LA POLITIQUE DE REDISTRIBUTION DES TERRES PAR MUGABÉ.

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