À LA UNE ACTUALITÉ POLITIQUE — 09 juillet 2017
Au commencement, il y avait le PDCI. Du PDCI est sorti le RDR qui a engendré le MPCI ou les Forces nouvelles, c’est selon. Les trois entités se côtoient, se courtisent, se chamaillent dans des querelles domestiques. Le tout dans un manège indescriptible avec, pour point de mire, 2020.

Cependant, le RDR semble être le plus malin. En tout cas, le plus machiavélique face au plus vieux de tous. Quand il a eu besoin du soutien des autres pour parvenir au pouvoir, il a su les mobiliser avec les paroles qu’il faut. Et chacun est venu au combat avec ses armes favorites pour l’aider à se hisser au sommet. Promesse a été faite que ce serait chacun à son tour, afin que tout le monde puisse gouter aux délices du pouvoir. L’objectif atteint, Le RDR doit à présent respecter sa parole mais il veut partir sans partir. Comment faire ? Il regarde à droite puis à gauche et sort une carte imparable. Il met en avant le parti unifié qui, lui seul, doit pouvoir lui succéder. Etant entendu que du fait de sa position actuelle, il est assuré de jouer les premiers rôles dans ce parti unifié. Ainsi, il pourra jouer des coudes, changer de vêtements pour se donner une autre apparence et occuper la même place. Mais ce sera toujours lui qui sera devant. Les autres n’y verront que du feu.PDCI à vendre

Dans ce parti unifié, il leur accordera certes des strapontins, mais ce n’est pas grave. Et le temps étant l’autre nom de Dieu, il pourra trouver d’autres stratagèmes pour se défaire de tout ce qui n’est pas de lui afin de toujours être le maître des lieux. Pour le PDCI, il a trouvé la carte du parti unifié et elle part gagnante à coup sûr.

Quant au MPCI ou Forces nouvelles c’est selon, sa mise à l’écart a déjà commencé. Il sera attaqué sur son propre terrain, celui des armes de guerre. Le RDR a réfléchi et s’est dit que pour mieux l’avoir, il faut l’entraîner sur un terrain nu, à découvert, sur la place publique où on ne peut pas trouver d’endroit pour se camoufler comme en temps de guerre, afin de rendre ses armes inutilisables. C’est son talon d’Achille.

Voici donc le RDR, seul dans la place. A droite, le PDCI doit se faire au parti unifié où il ne sera que l’ombre de lui-même après avoir perdu son âme. A gauche, les Forces nouvelles qui sont coincées car mises sous les feux de la rampe judiciaire. D’ailleurs, « tout soulèvement sera désormais considéré comme une tentative de coup d’Etat » et traité comme tel.

Un seul problème à régler désormais : comment faire pour éviter que les deux entités évincées ne s’allient ? Là, ils se plongeront dans un mélange syncrétique qui mêlera allègrement des partis politiques aux doctrines différentes, sinon opposées. De toutes les façons, le RHDP lui-même est un mélange d’hommes en armes, de politiciens prêts à tout pour s’emparer du pays et d’autres encore, qui sont incapables de vivre une opposition assumée. Ce qui pousse ces derniers à mener une existence de protozoaires. On va prêcher la bonne parole et piocher des têtes fortes dans les deux camps. En Côte d’Ivoire comme en France et dans bien d’autres pays, c’est connu, le militantisme du ventre est une violente réalité. On va donc appâter à gauche et à droite afin d’opposer chaque camp, le moment venu, à ses propres dissidents. Et le tour sera joué.

C’est ainsi que le RDR compte tenir encore longtemps, les rênes du pouvoir. Il sait que les alliances ont des exigences qu’il n’est pas toujours facile de satisfaire. Il lui apparait donc bon de faire désormais cavalier seul pour ne plus avoir à rendre compte à qui que ce soit. Vu que son programme de gouvernement concocté avec les autres et qui se résumait à avoir une haine sans limite pour le président Gbagbo et tout ce qui se rapporte à lui, commence à donner des signes d’essoufflement. Une refonte de fond en comble s’impose car 2020 ne sera pas comme 2010.

Le plan semble bien fonctionner. Ce sont des militants du PDCI eux-mêmes qui se réunissent à Yamoussoukro pour magnifier, non pas leur leader, mais bien Alassane Ouattara, le chef du RDR. Ils sont certes aiguillonnés par les « pédécéistes » membres du gouvernement ou occupant des postes de responsabilité du genre PCA, DG, etc. Postes qu’on aurait carrément pu donner aux militants du RDR mais on ne peut pas faire une omelette sans casser les œufs. C’est en passant par là que la tactique du syncrétisme politique peut marcher. Alors, pourquoi ne pas le faire ? La base doit comprendre.LOGO FPI LANG

Dans ce schéma, une seule inconnue peut donner des sueurs froides : Le FPI, le président Gbagbo et les ivoiriens qui lui sont attachés. Il est indéniable que ceux-là ne seront pas faciles à « gérer ». Ils ont une idéologie, une vision claire de ce qu’ils veulent et le personnel pour mener le combat sur le terrain politique. Des femmes et des hommes que ni les tortures, ni la prison, ni l’exil n’ont réussi à briser. Conscient de cette faiblesse, le régime regarde mourir désormais les prisonniers sans lever le petit doigt. Il croit ainsi réduire la capacité de mobilisation de ceux qui sont dehors et qui pleurent leurs parents et amis vivant l’enfer des geôles du régime à la MACA et à la MAMA.

Eux seuls peuvent faire échouer un plan si savamment conçu et mis en œuvre avec expertise. Mais c’est le destin et on n’y peut rien. Le peuple finit toujours par récupérer ce qui lui a été pris.

Paul D. Tayoro

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