À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 24 décembre 2013

 

 

Dans les deux textes que je viens de publier, on comprendra que le medium est avant tout un instrument de propagande idéologique. Que vise ici le message?

Premièrement, que le Sud-Sudan est un petit pays, alors que la superficie de 644 329Km2 en fait un territoire plus vaste que la France. Deuxièmement, on veut nous faire croire que ce qui s’est passé depuis le dimanche est une division entre les Dinka et les Nuers, les deux principales ethnies du Sud-Soudan. Or le Vice-Président , qui appelle au renversement du Président Kiir, avait déjà, en 1991, crée une scission dans les forces de libération et est auteur d’un massacre amplement documenté.

Il est assez curieux que ces soi-disants rebelles avaient déjà collaboré avec Khartoum contre le camp de la libération des noirs du Sud-Soudan principalement tenu par John Garang. Si RFI voulait nous faire comprendre la crise, pourquoi ne pas poser des questions scientifiques qui permettraient au rédacteur en chef de nous expliquer ce qui se passe en lieu et place de nous servir les mêmes clichés ethniques des Africains incapables de construire quoi que ce soit à cause de leur propre histoire de rivalités ancestrales comme le journaliste l’avance?

A la vérité, il était prévisible que le Sud-Soudan ferait face à une déstabilisation de la part de ses ennemis ou adversaires. D’abord, le pays est issu d’une longue guerre de libération. L’armée est donc la principalement force politique et son organisation interne est le principale facteur de division ou de scission. Ensuite, la mort de son leader historique, Dr John Garang, en 2005, dans des conditions non élucidées puisqu’il s’agissait d’un accident de son avion, lui a enlevé un homme capable de tenir les différentes factions internes. On mesure aujourd’hui l’importance des Mandela dans la période de transition. Le Sud-Sudan, dans sa dispute contre le Sudan arabisé, devrait s’attendre à des manœuvres de démolition de son unité. La responsabilité des dirigeants étaient donc de faire en sorte que cette perspective ne soit pas couronnée de succès en garantissant des règles constitutionnelles démocratiques pour garantir l’alternance du pouvoir.

Or, avec les responsables actuels, militaires de longues dates, malheureusement, les contradictions ne peuvent être réglées, que par les armes. Ni le Président Kiir, encore moins le putschiste permanent Riek Machar, qui est dans une logique de complot permanent contre ses amis, John Garang avant et Kiir aujourd’hui, ne peuvent comprendre que leurs bêtises éclaboussent les luttes pour une nouvelle Afrique, résolument moderne, démocratique et prête à assumer son rôle dans le monde. N’importe quoi!!!

Au Soudan du Sud, «la coloration ethnique a primé très vite» dans les affrontements

Des soldats sud-soudanais à Juba, le 20 décembre 2013.

Des soldats sud-soudanais à Juba, le 20 décembre 2013.

REUTERS/Goran Tomasevic

Le Soudan du Sud risque-t-il de sombrer dans la guerre civile ? C’est ce qui inquiète après les troubles qui ont éclaté entre factions rivales de l’armée dimanche dernier, le 15 décembre. L’ONU avance un bilan de plus de 500 morts. Les autorités dénoncent une tentative de coup d’Etat de l’ancien vice-président Riek Machar. Mais au-delà de la rivalité politique, les divisions sont aussi ethniques, et les enjeux économiques. Pour en parler Mohamed Nagi, le rédacteur en chef du journal en ligne indépendant Sudan Tribune, basé à Paris. Il répond à Charlotte Idrac.

RFI : Le feu couvait-il au Soudan du Sud ou alors cette flambée de violences vous a-t-elle surpris ?

Mohamed Nagi : Cela couvait depuis juillet et les Américains surtout mettaient de fortes pressions des deux côtés pour les empêcher de recourir aux armes.

Depuis juillet donc depuis le limogeage de Riek Machar, l’ancien vice-président…

Voilà et personnellement, j’ai été surpris par ce qui est arrivé dimanche soir. C’est bien dommage pour ce petit pays qui est en train de naître.

Selon les autorités du Soudan du Sud, ces troubles ont été déclenchés par une présumée tentative de coup d’Etat de Riek Machar. L’intéressé a démenti. Qu’est-ce que vous en pensez ? L’accuser serait-il un simple prétexte pour se débarrasser de lui ou est-ce crédible ?

Beaucoup de gens croient que ce qui est arrivé n’était pas planifié, en tout cas pas par Riek Machar. Dans l’armée sud-soudanaise, les Nuers et les Dinkas ne se côtoient pas, ils ne se fréquentent pas.

On peut souligner que la communauté des Nuers, c’est celle de Riek Machar et la communauté des Dinkas est celle du président Salva Kiir…

Tout à fait. Il y a une chose très négative aussi qui est arrivée : il y a 500 civils qui sont morts. Malheureusement ce sont en majorité des civils nuers qui ont été tués comme ça par les Dinkas. Et ça, c’est très malheureux parce que ça a donné cette coloration ethnique à un conflit politique.

  → A (RE)LIRE : Les clés pour comprendre la crise sud-soudanaise

Justement, quelle est la part ethnique de ces troubles et la part politique, la rivalité politique entre les deux hommes ?

La rivalité remonte à longtemps puisque l’ancien vice-président Machar était très critique vis-à-vis du président.

Il l’a même accusé de dérive dictatoriale…

Bien avant ça, il disait que le président devait lui céder la présidence de parti et que lui, il devait être le candidat du parti pour les élections de 2015. Donc ça dérangeait beaucoup Salva Kiir qui l’a déchu de ses fonctions. Cela étant dit, faut savoir qu’il y a un antagoniste ancestral entre les Dinkas et les Nuers sur tous les plans, à tous les niveaux, à partir des petits paysans qui se disputent les petits morceaux de terres…

Et les Dinkas sont-ils majoritaires ?

Les Dinkas sont majoritaires mais les Nuers sont la deuxième ethnie, cela veut dire que ce sont vraiment des rivaux. Du coup c’est la coloration ethnique qui a primé très vite. Là on assiste aussi à une rébellion à Jonglei, qui est tristement célèbre par des massacres qui ont été commis en 1991 par Riek Machar et ses partisans, lorsqu’il y avait une première sécession contre l’ancien chef de la rébellion John Garang.

Pour tout comprendre : Jonglei est le plus vaste territoire du Sud-Soudan, la plus vaste province, et le général Peter Gadet, un ancien chef des milices qui était soutenu dans le passé par Khartoum, mais qui est un Nuer, a pris le contrôle de la ville de Bor. Et maintenant il y a presque un remake de ce qui est arrivé en 1991.

 → A (RE)LIRE : Soudan du Sud: qui est Peter Gadet, le rebelle de tous les paradoxes?

Il y a eu des combats justement à Juba, à Bor dans l’Etat de Jonglei. Est-ce qu’il faut craindre un conflit généralisé ? Que la crise s’étende à d’autres Etats ?

Surtout il ne faut pas oublier que c’est dans les terres des Nuers qu’il y a le pétrole. Donc je m’attends à ce que ces combats s’étendent aussi à l’Etat de l’Unité, parce que c’est là qu’il y a le pétrole et qu’il y a Machar et ses partisans. Ils disaient toujours qu’ils étaient mal payés, que l’argent de leur pétrole était confisqué par les Dinkas. Je m’attends à ce que les Nuers cherchent maintenant à arrêter la production de pétrole et que la guerre devienne beaucoup plus importante qu’elle ne l’est actuellement.

Que peut faire le président Salva Kiir ? Il a dit vouloir parler avec son rival. Est-ce qu’un accord politique est encore possible ou c’est perdu d’avance entre les deux hommes ?

Il va de l’intérêt des deux parties de s’asseoir autour d’une table et de négocier un compromis, trouver une solution. Mais en ce qui concerne le contenu de ce compromis, je ne sais que vous dire parce que Riek Machar ne reconnaît plus Salva Kiir comme étant le président. Il dit qu’il n’a plus de légitimité. Et Salva Kiir aussi, même s’il dit qu’il veut la négociation, il continue à faire la chasse aux hommes et à tous ceux qui ont soutenu la démarche politique de Riek Machar et y compris des Dinkas ici et là.

En tout cas, il y a l’ambassadeur américain qui a rencontré le président Salva Kiir à Juba. Et il a mis la pression et lui a dit qu’il fallait absolument arrêter tout cela. Si le Sud-Soudan existe aujourd’hui en tant qu’Etat indépendant, c’est aussi grâce au soutien américain. Donc il a intérêt, pour ne pas être mis au ban des Nations, à chercher la paix parce que cette guerre ne peut être en aucun cas dans l’intérêt des deux parties.

TAGS: + AFRIQUE – SALVA KIIR – SOUDAN – SOUDAN DU SUD

FICHE PAYS :

Soudan du Sud

 

Latifa Mouaoued/RFI

Après le référendum d’autodétermination organisé du 9 au 15 janvier 2011, le Sud-Soudan accède à l’indépendance le 9 juillet 2011, sous le nom officiel de Soudan du Sud, et après près de 50 années de conflit avec le Nord.

Ce pays d’Afrique orientale d’une superficie de  644 329 km², est frontalier du Soudan au nord, de l’Ethiopie à l’est, du Kenya, de l’Ouganda et de la RD Congo au sud et de la Centrafrique à l’ouest. Le Soudan du Sud possède une terre riche en ressources naturelles (minerais, pétrole, eau du Nil),

Capitale : Juba

Régime politique : République à régime présidentiel

Démographie

Population totale : 8 260 490 hab.
Densité : 14 hab./km2
Indice de fécondité : nc
Croissance démographique : nc
Espérance de vie : nc
 
Société

Ethnies : Dinkas, Nuers, Chillouks, Zandés, Jo Luos, Acholis, Lotuhus
Langues : anglais, dinka, nuer, chillouk, arabe de Juba
Religions : Animistes, chrétiens
Alphabétisation : 28%
Développement humain : nc
 
Economie

Monnaie : livre soudanaise
Croissance : nc
Inflation : nc
PIB par habitant : nc
Dette extérieure : nc
Ressources : pétrole (85 % de la production soudanaise actuellement), du minerai de fer, du cuivre, du chrome, du zinc, du tungstène, du mica, de l’argent et de l’or.

Chronologie

1946 : Le Sud-Soudan est rattaché au nord pour former une seule région administrative sous la colonisation britannique.
 
1956 : Le Soudan accède à l’indépendance. Le gouvernement de Khartoum ne tient pas les promesses faites aux provinces du Sud de créer un État fédéral : c’est le début d’ne guerre civile de 17 ans (1955-1972).

1972 : Signature d’un accord de paix Nord-Sud le 27 février à Addis-Abeba. En mai, une nouvelle Constitution garanti les droits des sudistes.
 
1975 : Rébellion sudiste.

1983 : En septembre 1983, le président Gaafar Nimeiry impose la loi islamique à l’ensemble du Soudan. John Garang fonde alors l’Armée de libération du peuple du Soudan (APLS). La guerre nord-sud reprend.
 
1991 : Scission de la SPLA et création du Front démocratique du peuple du Soudan.
 
1993 : Omar el-Béchir s’autoproclame président du Soudan.
 
2000 : L’opposition boycotte les élections.
 
2002 : Des pourparlers sur la paix débutent au mois de janvier en Suisse. John Garang rencontre Omar el-Béchir. Le 20 juillet, signature de l’accord de Machakos En octobre, signature d’un accord de cessez-le-feu entre l’armée soudanaise et l’APLS.
 
2005 : Signature le 9 janvier des accords de paix entre Khartoum la SPLA.. Le gouvernement est représenté par le vice-président Ali Osmane Taha et la SPLA par John Garang, son chef historique. Cet accord prévoit un régime d’autonomie de 6 ans au Sud-Soudan, période à l’issue de laquelle un référendum d’autodétermination sera organisé.
Le 9 juillet 2005, l’adoption d’une nouvelle Constitution le retour du mouvement de John Garang à Khartoum. Un gouvernement d’union nationale est mis sur pied pour cette période de transition. John Garang devient vice-président.

Le 31 juillet 2005, John Garang meurt dans l’accident de l’hélicoptère ougandais qui le transportait, dans le sud du Soudan. Il est remplacé par Salva Kiir.

2008 : Début du recensement national.

2009 : Accords sur les termes du référendum.

2010 : La Cour pénale internationale (CPI), lance un mandat d’arrêt international contre Omar el-Béchir, le premier contre un président en exercice. Du 11 au 15 avril 2010 ont eu lieu les premières élections régionales, législatives et présidentielles tenues depuis 1986. Omar el- Béchir est réélu. Salva Kiir est élu président du Sud-Soudan.

2011 : Le 9 janvier, référendum d’autodétermination du Sud Soudan. Selon les premiers résultats, 98% des électeurs auraient voté pour l’indépendance du Sud Soudan. L’indépendance est célébrée le 9 juillet 2011. Le pays est baptisé Soudan du Sud.

Share

About Author

(0) Readers Comments

Comments are closed.