À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 12 septembre 2019

POUR RENDRE UN HOMMAGE MÉRITÉ À ROBERT MUGABÉ, Ivoirois.com a décidé de publier un dossier intitulé « ZIMBABWÉ: DE L’APARTHEID DE LA RHODÉSIE DU SUD AU RÈGNE DE MUGABÉ » en collaboration avec le Docteur Bangali N’Goran, historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ.

Il est auteur de plusieurs publications portant sur les méthodes syndicales, les stratégies politiques et les grands problèmes contemporains.

Aujourd’hui, nous publions la troisième partie: ROBERT MUGABÉ AU POUVOIR, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE

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L’arrivée au pouvoir de Robert Mugabé envoie deux signaux contraires à la communauté internationale particulièrement soucieuse de la trajectoire que prendra sa gouvernance.

Le premier signal, négatif, vient de la rue. Dès le mois de septembre 1980, donc 5 mois après la proclamation de l’indépendance, des émeutes anti-blancs éclatent dans le pays. Les statues commémoratives de Cecil Rhodes implantées sur l’esplanade du siège du parlement et à Bulawayo sont déboulonnées par les émeutiers, qui réclament au pouvoir la redistribution des terres.

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Ce ressentiment populaire extériorise la frustration des Noirs qui espéraient une réforme agraire aussitôt le pouvoir politique passé aux mains des nationalistes. De 1980 à 1985, la situation sociale explosive fait décliner les effectifs de la population blanche, qui passe de 250.000 à 100.000 personnes.

Si d’un côté la rue zimbabwéenne réclamait des réformes, les alliés africains de Robert Mugabé lui déconseillaient cette option. Dans la mesure où l’expropriation des fermiers afrikaners dans ce pays aurait pu dissuader ceux d’Afrique du Sud de transférer le pouvoir à Nelson Mandela, craignant de subir le même sort. Le second signal, positif, est celui émis par Robert Mugabé lui-même. Malgré sa victoire écrasante, il choisit de mettre en place un gouvernement d’union nationale dans lequel il nomme son frère-ennemi Joshua N’komo, et deux anciens ministres du gouvernement afrikaner de Ian Smith, auxquels il confie les ministères stratégiques de l’agriculture et de l’industrie pour rassurer les fermiers blancs.

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Ce Zimbabwe-là était la première destination de villégiature du Commonwealth tropical, avec ses chutes majestueuses du Lac Victoria, ses 33 réserves fauniques dédiées au safari et ses vastes propriétés pavillonnaires qui ne désemplissent pas de touristes occidentaux. Le pays est auto-suffisant alimentaire et est le seul État africain à contribuer au programme alimentaire mondial. En 1981 Robert Mugabé figure sur la liste des personnes proposées pour le prix Nobel de la paix. En 1994, il est même décoré Chevalier Grand-Croix dans l’Ordre de Bath par la reine Elizabeth II, qui est la plus haute distinction britannique.

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Mugabe et Nkomo (à droite) après les années de lutte

Mais deux déconvenues viennent troubler ce tableau idyllique. La première, c’est la guerre civile qui éclate entre la ZANU et la ZAPU les deux organisations indépendantistes. Après la découverte de caches d’armes clandestines constituées par les vétérans de guerre de la ZAPU, l’organisation fidèle à Joshua N’komo, celui-ci s’enfuit en Angleterre, pendant que le pouvoir ZANU s’engage dans une politique d’épuration de ses hommes des institutions politiques et militaires. Pour combattre la guérilla de la ZAPU reconstituée dans son fief ancestral du Matabéléland, Mugabé envoie la cinquième compagnie constituée d’ex-guérilleros de la ZANU formés par la Corée du nord. Le conflit fratricide entraine près de 10.000 civiles tués.

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Mais en 1988, sous les auspices des alliés africains, les deux leaders font la paix. La ZANU et la ZAPU (devenue PF) fusionnent pour donner la ZANU-PF. Joshua N’komo devient l’un des deux vice-présidents du Zimbabwe. Mais ces années de conflit ont plongé le pays dans le marasme économique. Les mesures d’austérité exigées par le FMI touchent de plein fouet les populations des couches ouvrières et rurales. C’est alors que remontent en puissance les aspirations populaires de réforme agraire. Les piètres prestations de Mugabé, incapable de solutionner la crise économique finissent par briser la confiance entre lui et la rue zimbabwéenne. Débutent alors des grèves conduites par les vétérans de la guerre de libération et qui se soldent par l’occupation anarchique des fermes afrikaners.

Politiquement affaibli par l’entrée en récession du Zimbabwe, Robert Mugabé qui avait rejeté sine die la redistribution des terres finit par s’engouffrer dans la brèche ouverte par les mouvements d’occupation des fermes afrikaners. Il les rend légal en faisant voter des lois dans ce sens en 2002. Commentant ce virage à 360 degrés Essy Amara le président de la commission de l’U.A déclare : « Au Zimbabwe, 1% de la population détient 70% des terres. Aucun président ne peut gérer son pays si la majorité de sa population n’est pas satisfaite. Force est de constater que les zimbabwéens ont raison sur le fond ».

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ZIMBABWÉ LA BATAILLE DE LA TERRE

Docteur Bangali N’Goran

Historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ

IVOIROIS.COM

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