À LA UNE POLITIQUE — 09 août 2019

À la veille de la fête d’indépendance de la Côte d’Ivoire, le chef d’Etat ivoirien Alassane OUATTARA a sacrifié au traditionnel message à la nation en adoptant pour ce 59ème anniversaire de la Côte d’Ivoire indépendante, à un entretien accordé à la radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Face à la nation ivoirienne et dans une forme toute particulière, le chef de l’Etat ivoirien a profité de l’entretien télévisé pour dresser sommairement son bilan des 8 années de gestion des affaires publiques ivoiriennes.

Abordant chacune des questions du confrère BROU Aka Pascal, le chef de l’Etat Alassane OUATTARA a soutenu que la Côte d’Ivoire son pays se porte bien contrairement aux années passées et ce, aux regards des indicateurs dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’adduction d’eau potable, de l’électrification, des investissements, du PIB ainsi que de l’augmentation de 40% du revenu par tête d’habitant.

Alassane OUATTARA, dans un satisfecit ambiant a indiqué qu’en 8 ans, le nombre du personnel soignant et éducatif a fortement doublé et s’étendra dans le plan social du gouvernement (PS Gouv) actuellement en cours.

Abordant la question de la cohésion sociale, le chef de l’Etat ivoirien affirme qu’en 10 ans, tous les problèmes sociaux de la Côte d’Ivoire ne peuvent être réglés et il a fallu près de 40 ans à la France pour se réconcilier. Plus loin, OUATTARA étaye qu’il faut une bonne performance économique pour créer la cohésion sociale.

Dans un ton martial, OUATTARA admet que la Commission Electorale Indépendante (CEI) actuelle fait du bon travail et les dernières élections organisées par ses soins aux lendemains de 2010 l’attestent bien. Le chef de l’Etat ivoirien n’a pas manqué de relever que le débat sur la question de la réforme de la CEI était clos et qu’il n’y a plus de discussion étant donné que le parlement ivoirien et le sénat ont déjà voté la loi relative à la CEI qui sera promulguée.

Toutefois, avertit-il,  que toutes les contestions de l’opposition contre la CEI doivent se faire dans la légalité et qu’aucun désordre et discours de désunion ne sera toléré et les forces armées nationales veilleront à la paix ainsi qu’à la bonne tenue des élections de 2020.

Par ailleurs, Alassane OUATTARA se félicitant de la représentativité de son parti le RHDP (2/3 des mairies, 3/4 des présidents de région et des sénateurs) admet que le RHDP est une composante de tous les ivoiriens et partis politiques épris de paix et soucieux du bonheur des ivoiriens.

Dans une ironie sans précédent, Alassane OUATTARA s’est dit heureux de la rencontre entre les deux leaders de l’opposition ivoirienne à Bruxelles et la question de la réconciliation nationale évoquée par ceux-ci ne peut concerner les ivoiriens dans leur ensemble dans la mesure où les ivoiriens vivent déjà en harmonie.

En fait, admettant que la constitution actuelle de la Côte d’Ivoire comporte certaines dispositions à modifier, Alassane OUATTARA, soutient que celle-ci lui permet de faire acte de candidature pour au moins deux mandats. Mais, les ivoiriens devront patienter jusqu’en 2020 pour être situé quant à sa volonté de briguer un énième mandat.

A ce niveau, le chef d’Etat ivoirien entend se prononcer sur la question en prenant en compte certaines variables tenant successivement à la décision de son parti le RHDP, de son état de santé et de sa conscience. Avant d’inviter tous les ivoiriens à prendre part au défilé militaire qui fera montre de la grandeur de la Côte d’Ivoire.

En effet, cet entretien télévisé a permis au chef de l’Etat ivoirien de faire un bilan de sa gouvernance et de rassurer les ivoiriens et la communauté internationale des performances sociétales de la Côte d’Ivoire 8 ans après la crise militaro-politique qui a dévasté la Côte d’Ivoire. Dans une analyse subjective des paradigmes politiques, économiques et sociaux, le chef de l’Etat ivoirien tente bien que mal à présenter la Côte d’Ivoire comme un nouvel eldorado fondé sur de solides piliers matérialistes que sont l’infrastructure (les forces de production) et la superstructure (les institutions politiques, le droit, la culture et le civisme).

Fort malheureusement, les ivoiriens dans leur ensemble continuent de vivoter et de réclamer la restauration des acquis de la démocratie piétinés par le pouvoir d’Abidjan qui en réalité, n’entend pas démocratiser le processus électoral et l’environnement politique ivoirien.

L’opposition ivoirienne, de plus en plus bâillonnée et embastillée continue donc de démontrer que la réforme de la CEI a été biaisée tant dans l’esprit que dans la forme aux regards des injonctions de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Toutefois, elle demeure accrochée aux différentes voies de recours juridiques nationales et internationales et ce, dans l’espoir de faire plier l’échine au magister de la lagune Ebrié qui vient de faire rejeter la saisine du conseil constitutionnel de 3 groupes parlementaires ( Vox Populi, PDCI-RDA et Rassemblement).

En réalité, la gestion patrimoniale du pouvoir en Côte d’Ivoire, ne fait aucune place à la démocratie, à la critique, à la bonne gouvernance, à la cohésion sociale et à la réconciliation nationale.  

Pour des analystes et l’opposition ivoirienne, la Côte d’Ivoire présente plutôt un visage défiguré au relent d’un Etat failli où règne l’incompétence, la corruption, la gabegie financière, la négation de la démocratie, la division entre les ivoiriens et le despotisme. Dès lors, l’image de la Côte d’Ivoire que tente de présenter le chef de l’Etat Alassane OUATTARA, ne colle pas à la réalité et reste qu’une communication politique pour polir sa gestion Etatique enregistrée pendant 8 ans. Bien que la croissance économique (7,4%) de la Côte d’Ivoire fait état de la bonne santé de l’économie ivoirienne due aux investissements privés étrangers et à la stabilité relative que connaît ce pays, les ivoiriens restent toujours pauvres et l’indice de développement humain demeure précaire. Et pourtant, le chef de l’Etat ivoirien soutient que le revenu par tête d’habitant a augmenté de 40%.

 A quelques mois des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, le régime d’Abidjan réussira-t-il à apaiser la colère de l’opposition ivoirienne, soucieuse d’un environnement politico-social paisible et d’un processus électoral démocratique ?

Adingra OSSEI

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