À LA UNE ACTUALITÉ ECONOMIE POLITIQUE — 10 octobre 2019

Les Eurobonds, un danger pour l’Afrique ostracisée, piégée.

Le pari risqué des pays africains très endettés, qui se construisent à coups d’eurobonds.

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La crise financière (austérité) qui a frappé l’Europe dans les années 2008 due à une faillite de la Grèce, a favorisé l’avènement des eurobonds ou euro-obligations permettant aux pays africains d’investir dans des titres de créance à plus haut risque. Les pays africains ont ainsi commencé à émettre des eurobonds (emprunts obligataires internationaux) et à solliciter le marché international des capitaux. Les obligations ont détrôné les emprunts en doublant assez rapidement, passant de 21 à 42 % de l’encours de la dette.

Depuis 2004, 23 pays ont commencé à lancer des obligations sur les marchés financiers. En Afrique, plusieurs pays sont débiteurs d’euro-obligations. A part l’Afrique du Sud, la Tunisie et le Maroc, les Seychelles furent le premier État d’Afrique Subsaharienne à émettre un eurobond en 2006 d’une valeur de 30 millions USD, alors que le Ghana fut le second avec un eurobond d’une valeur de 750 millions USD à un taux de 8,5% sur 5 ans. Par la suite le Ghana a eu recours à ce mode de financement à 5 reprises (2013, 2014, 2015, 2019).

Au sein de l’UEMOA et de la CEMAC, l’émission d’eurobonds est restée limitée à 5 pays : Gabon (2007, 2015, 2017), Congo(2007), Cameroun(2015), Sénégal (2009, 2011, 2014, 2017, 2018), Côte d’Ivoire (2010, 2017, 2018). Entre 2010 et 2017, d’autres pays d’Afrique subsaharienne ont émis des eurobonds tels que la Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya et l’Angola. Le Nigeria quant à lui, a levé près de 8,1 milliards de dollars en obligations en 2012.

En 2013, pour sa première émission, le Rwanda a lui-même émis quelque 400 millions de dollars d’euro-obligations à un taux de 6.875%. En 2015, le Cameroun a mobilisé 750 millions USD pour sa première émission d’obligations internationales avec un taux d’intérêts de 9,75% retombant à 8.8% après un Swap . Le Congo et le Mozambique ont été les premiers pays africains en 2017 à manquer aux paiements d’Eurobonds et les conséquences leurs ont été très fatales.

Les Eurobonds, les plus défavorisés en Afrique selon Bloomberg furent au Congo, qui a perdu 12% en titres en juillet 2017, suite au manquement du paiement. Durant la période 2007-2017, on estime le montant levé par ces Etats à un peu plus de 20 milliards USD.

En 2018, la Côte d’Ivoire avec 1,7 milliards d’euros levés en deux tranches, pour des maturités respectives de 12 et 30 ans à un taux de 6,625 %, a signé la plus importante émission en devise européenne réalisée par un pays africain. Rien que sur les premiers mois de 2018, cinq pays de la région à savoir le Kenya, le Nigeria, le Sénégal, le Ghana et l’Afrique du Sud ont mobilisé un montant cumulé de 10,7 milliards $ d’émission. Justement, le Sénégal pour son 5eme emprunt international, a obtenu 2,2 milliards de dollars avec le plus bas taux à 30 ans du continent.

Comme annoncé par l’Agence Ecofin le 8 janvier 2019, pourtant interdit par le FMI et la BM, le Ghana a émis pour 3 milliards USD d’obligations sur le marché international de la dette. L’opération se décompose en trois tranches selon les maturités. La plus petite tranche a reçu un taux d’intérêt de 7,9%, tandis que les deux autres tranches plus importantes, ont reçu respectivement des taux de 8,1 et 9%. Depuis le début du programme (FEC ) du FMI en 2015 qui a pris fin le 20 Mars 2019 et que Nana Akufo-Addo n’a pas souhaité renouveler, le pays a redressé la barre passant de 17 % d’’inflation sous la barre des 10 %. Le déficit est à 3,7 % du PIB et ne doit jamais dépasser 5% selon une loi ghanéenne.

La majeure partie actuelle des réserves internationales de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont sous fortes pressions. En raison donc de ces pressions élevées sur les liquidités à cause des réserves internationales faibles, la dette extérieure des pays Africains, pourrait s’alourdir. Le fait d’avoir davantage de dettes extérieures libellées en devises étrangères, expose dangereusement nos états face aux fluctuations de change, entrainant souvent l’augmentation du fardeau de la dette, libellée en devise étrangère.

Tout comme le Ghana en 2014, la Zambie a subi en 2015 une pression due au ratio dette extérieure/PIB du pays, qui avait grimpé de l’ordre de 10 % à la suite de la dépréciation du kwacha . Les pays soumis à un régime de taux de change fixe, s’exposent à un risque accru de dépréciation. C’est le cas des pays de la zone CFA et autres. L’Angola a ainsi diminué la valeur fixe du kwanza en janvier 2018, tout comme le Nigeria l’a fait pour le Naira en 2016 et 2017.

Selon Joseph Stiglitz, l’Afrique doit se munir de « structures globales de gestion de la dette » en investissant avec efficience afin d’être capable de rembourser nos dettes. Les émissions souveraines ne sauraient être des remèdes durables à la problématique des dettes africaines. C’est pourquoi, nous invitons les pays d’Afrique à travers la CEA , à créer un cadre macroéconomique stable pour éviter une accumulation de la crise de la dette. Les pays africains doivent financer eux même leur développement, en ayant recours aux excès des avoirs en devises des banques centrales, pour soutenir notamment la transformation structurelle de leurs économies à travers une industrialisation forte, seule porteuse d’espérance.

Il revient donc aux africains d’anticiper sur le surendettement et de proposer une solution économique adéquate pour l’Afrique au risque de subir une solution qui nous enfonce d’avantage. Cette dynamique des Obligations semble désormais indissociable de l’analyse des cadres macroéconomiques des pays africains. L’Afrique subit plusieurs formes de pillage de ses ressources, seul l’intégration pourra nous apporter une prospérité économique en développant un marché local des capitaux. L’émergence d’une autorité supranationale dans le cadre de cette intégration visera à coordonner et gérer les affaires économiques du continent.

A la réalité, nous ne sommes libres qu’en apparence, notre économie est sous tutelle sans poids réel au niveau international, menacés d’être mis à l’amende si nous n’obéissons pas, avait dit Laurent Gbagbo. C’est pourquoi, nous pensons que l’Afrique doit créer un changement de paradigme en stoppant toutes les causes de l’hémorragie économique avilissante dont sont victimes nos Etats.

Mille Claude Mrandjo,

Président Afrique centrale de la coalition des patriotes ivoiriens en Exil (COPIE), Vice-président du #rezopanacom en relation avec les médias étrangers, Militant du FPI, Écrivain-Essayiste, Panéliste spécialiste géopolitique africaine a Afrique Média TV.

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