À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 10 septembre 2019

POUR RENDRE UN HOMMAGE MÉRITÉ À ROBERT MUGABÉ, Ivoirois.com a décidé de publier un dossier intitulé « ZIMBABWÉ: DE L’APARTHEID DE LA RHODÉSIE DU SUD AU RÈGNE DE MUGABÉ » en collaboration avec le Docteur Bangali N’Goran, historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ.

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Dr. NGORAN BANGALI

Il est auteur de plusieurs publications portant sur les méthodes syndicales, les stratégies politiques et les grands problèmes contemporains.

Aujourd’hui, nous publions la deuxième partie: LE VISAGE DE L’APARTHEID RHODÉSIEN AVANT LA POLITIQUE DE REDISTRIBUTION DES TERRES PAR MUGABÉ (2/4)

Premier gouvernement de la Rhodésie

Après avoir imposé la loi du plus fort à la résistance africaine, l’étape suivante de la pénitence coloniale, pour les soumis, est la reconfiguration du territoire au prix du regroupement forcé des communautés autochtones. Les Natifs dépossédés et évacués des terres ancestrales sont cantonnés dans des enclos à ciel ouvert dits « réserves indigènes ».

Ce sont en fait de petits arpents de terre rocailleuse et aride dont personne ne voulait. Des townships réservés à la main d’œuvre masculine sont construits pour accueillir les travailleurs noirs des villes blanches, tandis que leurs familles sont maintenues dans les réserves, en campagne. Entre ces autochtones, démunis, en quête de moyens de subsistance et les colons blancs désireux de s’enrichir du travail et de la sueur de l’homme noir, s’établi une nouvelle « dialectique du maître et de l’esclave ». Le système ségrégationniste de l’apartheid est exporté d’Afrique du Sud, pays d’origine des colons rhodésiens. Du référendum de 1922 où ces colons se rattachent à la couronne britannique, à 1965 où ils s’en émancipent, la discrimination raciale est érigée en système de gouvernement .

DE LA LUTTE DE DÉCOLONISATION À LANCASTER HOUSE

Dès 1957, sous la conduite de Joshua N’komo, la majorité noire entre en résistance politique. Présageant des heures sombres, la Grande-Bretagne choisit de « filer à l’anglaise » en octroyant l’indépendance aux nationalistes africains. Ce que les colons blancs rejettent catégoriquement. Regroupés au sein du Front Rhodésien, ces Afrikaners s’opposent à l’intention britannique. Leur leader Ian Smith décide de proclamer unilatéralement l’indépendance d’une Rhodésie blanche et émancipée de la couronne britannique le 11 novembre 1965. La manœuvre réactionnaire met le feu aux poudres. De la résistance politique, les nationalistes africains passent à la résistance armée en scindant le parti de Parti National Démocratique de Joshua Nkomo en deux organisations de guérilla affectée chacune aux deux terroirs ancestraux composant la colonie : La ZAPU dirigé par Joshua N’komo pour le Matabéléland et la ZANU dirigée par un jeune enseignant maoïste rentré du Ghana du nom de Robert Mugabé, pour le Mashonaland.

Durant cette guerre de libération qui dure de 1965 à 1980, la solidarité panafricaine fut d’un apport inoubliable. Pendant que certains pays dits « pays de la ligne de front » entraînaient et coachaient les combattants de la liberté zimbabwéenne, des soutiens de tout genre affluèrent des gouvernements nouvellement indépendants pour épauler la ZANU-PF de Robert Mugabe et la ZAPU de Joshua N’komo.
Qui oubliera alors l’hymne à la lutte de Robert Nesta Marley « Zimbabwe » composée pour remonter les guérilleros, et dont l’écho résonne encore dans les arcades du Rufaro stadium d’Hararé, où il interpréta ce chant mythique deux jours après la proclamation de l’indépendance.

LE CHOIX DU STATU QUO ÉCONOMIQUE IMPOSÉ LORS DES NÉGOCIATIONS DE LANCASTER HOUSE

La guerre de libération aboutira à la signature des accords de Lancaster House du 21 décembre 1979 entre le Z.A.N.U-P.F, le P.F (ex-Z.A.P.U) et le gouvernement rhodésien. Les élections qui suivent la signature de cet accord porte Robert Mugabe, le héros de l’indépendance, à la tête du Zimbabwe avec 62,9% des suffrages exprimés. La campagne électorale fut marquée de multiples actes de violence, des exécutions sommaires commanditées, des manœuvres d’intimidation et une tentative d’assassinat sur la personne de Robert Mugabe. Passé ce baroud d’honneur du bloc rhodésien, le pouvoir ayant changé de main, les familles Afrikaner (blancs), prisent de panique, émigrent alors en masse, par crainte de représailles, vers l’Angleterre et l’Afrique du sud, leurs pays d’origine. Pourtant, réellement rien n’avait changé. Les inégalités de la Rhodésie ont survécu à la naissance du Zimbabwe à Londres.

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Les accords de Lancaster House sont à l’image des accords de Linas-Marcoussis -par comparaison à la crise récente en Côte d’Ivoire- où l’arbitre (l’Angleterre) était, en fait, aussi neutre qu’un chat dans le procès d’une souris. Lancaster House ne fut, ni plus ni moins, que le lieu où l’injustice faite aux Noirs par la force des armes fut institutionnalisée par la force des lois, moyennant une indépendance administrative. L’injustice coloniale dont la nudité hideuse choquait le monde entier s’est donc parée de déguisements pour singer la justice. Ainsi l’indépendance politique fut acquise mais pas la justice sociale. Pour rassurer la communauté blanche ,traumatisée par la victoire des nationalistes jugés les plus radicaux, le gouvernement Mugage a opté pour une politique de réconciliation nationale basée sur le maintien de leurs privilèges.

CELEBRATION DE L’INDEPENDANCE DU ZIMBABWE

DES NOIRS INDÉPENDANTS MAIS ÉTRANGERS SUR LEURS PROPRES TERRES

Pour mieux apprécier la situation au Zimbabwe de l’indépendance du 18 avril 1980 jusqu’en 2002, referons-nous à ce récit du rédacteur en chef du new african, le ghanéen Bafour Ankomah publié après son séjour dans ce pays car il est mieux de se fier à celui qui parle d’un fait dont il a été vraiment témoin direct :

«Au Zimbabwe, le régime foncier et la situation de l’économie sont une honte. 4500 propriétaires blancs possèdent 70% de la meilleure terre du pays. Il faut le voir de ses yeux pour comprendre pleinement ce que représente ces 70% (…).
C’est un spectacle à briser le cœur que de voir des kilomètres et des kilomètres de plantation appartenant à des Blancs et d’autres terres de Blancs laissées en jachère alors que des millions de Noirs s’entassent dans ces «régions rurales» rocailleuses et sablonneuses et y survivent difficilement (…).

(…) Quelque direction que vous prenez au sortir de Harare, vers le sud, vers le nord, l’est ou l’ouest, le paysage est toujours le même. Ce sont des kilomètres et des kilomètres et des kilomètres de terre appartenant à des Blancs, des deux côtés de la route qui défile sous vos yeux. Le Zimbabwe est le seul pays d’Afrique que je connaisse où vous ne voyez pas d’Africains en campagne. (…) c’est le comble de l’absurdité. Et le plus odieux, du fait des interdictions imposées par la loi sur la propriété du temps de la Rhodésie, c’est que les Africains expropriés qui vivent aux abords des immenses domaines blancs ne peuvent y pénétrer pour ramasser du bois, chasser, ou pêcher, ou même couper de l’herbe pour couvrir leur maison. Ils risquent d’être arrêté (…).

(…)Il faut voir la façon dont certains propriétaires blancs traitent leurs ouvriers Noirs. C’est pratiquement comme au temps de l’esclavage dans le nord des Etats-Unis.
Si vous n’êtes propriétaire ni de la terre ni, ni de l’économie ; vous êtes en état de dépendance dans votre propre pays, soumis au bon vouloir des possédants.
La seule chose dont les Noirs ont la charge au Zimbabwe est de gouverner et de veiller sur la tranquillité des propriétaires pour qu’ils puissent profiter de la vie, de leurs grandes maisons, de leurs pelouses manucurées, de leurs parcours de golf, de leurs affaires, de leur argent et des services de leurs nombreux domestiques Noirs.

Carte du Zimbabwé

Docteur Bangali N’Goran, historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ

www.ivoirois.com

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