À LA UNE CULTURE POLITIQUE SPIRITUEL — 08 juillet 2017
Dans ce nouveau livre, le 10ème de ses productions livresques depuis son lieu d’exil, Lazare KOFFI KOFFI, revisite l’histoire de l’évangélisation en Côte d’Ivoire et particulièrement de la région du Sanwi depuis le XVIIe siècle à l’année de l’indépendance de notre pays.

Racontant les faits non pas sous l’angle de l’histoire événementielle comme l’ont fait d’autres historiens avant lui, mais sous une approche qui fait appel à l’anthropologie et à l’histoire des mentalités, il a montré le lien étroit ou plus exactement la corrélation qui a existé entre l’entreprise missionnaire et l’entreprise coloniale depuis l’époque de Louis XIII à la Ve République française. On découvrira dans ce livre que, de tout temps, la colonisation et l’évangélisation ont cheminé ensemble, la première ayant entrainée la seconde. Les deux formes d’entreprises loin des terres européennes, comme le fait remarquer l’éditeur, « ont été engagées dans la même histoire, ont connu la même aventure, avec les mêmes préoccupations : dominer le monde, le convertir à la pensée et à la vision de l’Europe. Dans la pratique, les deux aventures s’exprimaient comme deux forces, mais c’étaient deux forces parallèles, l’une ayant besoin de l’autre pour opérer. Cela apparait clairement d’une part à l’époque moderne où l’évangélisation et le commerce colonial, et l’évangélisation et l’administration des colonies à la fin du XIXe jusqu’en 1960 d’autre part, opérèrent comme deux branches du même arbre. Les deux entreprises furent nourries par la même sève : le patriotisme ».

L. Koffi KoffiA la lecture de cet ouvrage écrit dans un style agréable, aéré, de lecture aisée et « adossé à une vaste culture », on est saisi par deux choses, comme en témoigne Jean-Claude Djéréké, son préfacier :
« La première chose qui frappe dans ce livre, c’est la liberté avec laquelle l’auteur dit les choses. Nulle part, il ne cède à la tentation d’être complaisant avec les faits ; nulle part, on ne sent chez lui une volonté de dire seulement du bien du travail des premiers missionnaires ; nulle part, on n’a le sentiment qu’il cherche à dissimuler ou à justifier les zones d’ombre de l’évangélisation. Ce faisant, Koffi Koffi prouve qu’aimer son Église, être fier d’elle, n’exclut nullement d’être assez lucide et assez objectif pour évoquer et dénoncer ses tares et insuffisances…Un chrétien n’est pas un vulgaire fanatique. L’intellectuel, non plus. L’un et l’autre devraient toujours exercer leur esprit critique, traquer le faux et l’imposture, ne pas donner leur assentiment à tous les discours et pratiques, se dresser contre toute forme de dictature et d’oppression, fuir la flagornerie et les basses flatteries. Lazare Koffi Koffi ne flatte, ni n’encense et c’est sa première qualité.

La seconde qualité de l’essai, c’est ce qu’il dit de certains fondateurs de sociétés ou de congrégations. Il nous apprend ainsi que Libermann (le père de la grande famille spiritaine) faisait partie des catholiques libéraux connus pour être « ennemis de l’arbitraire et de tous les excès, favorables à la libre recherche intellectuelle dans l’Église, méfiants vis-à-vis des certitudes du néo-thomisme et des systèmes clos ».

S’agissant de Mgr Marion de Brésillac, à qui l’on doit la création de la Société des missions africaines (SMA), Koffi Koffi rappelle le conseil que ce dernier donnait à ses « fils » lorsque ces derniers s’apprêtaient à partir pour l’Afrique :
« Le vrai missionnaire, est un pionnier, celui qui va vers les peuples païens, leur prêche la Bonne Nouvelle, rassemble les nouveaux chrétiens en une communauté, leur donne un prêtre parmi eux aussitôt que possible et ensuite s’en va pour défricher ailleurs ».

Ce rappel me semble d’autant plus bienvenu que certains missionnaires européens donnent l’impression de s’accrocher à tel ou tel apostolat dans des régions ou villes déjà évangélisées au lieu d’aller à la rencontre des populations qui attendent qu’on leur parle du Christ et de son message. La mission qui ne finit pas devient colonisation. Elle n’a plus pour finalité la gloire de Dieu mais l’épanouissement personnel de ceux qui s’en revendiquent. Elle ne conduit plus les gens à Dieu mais à soi-même. Brésillac ne souhaitait pas que les membres de la SMA s’installent ici ou là ».

Et ce n’est pas tout. Tout en montrant les déboires et les succès des premiers missionnaires en Côte d’Ivoire par la côte assinienne, des Capucins aux Pères de la Société des Missions Africaines en passant par les Dominicains et les Pères du Saint-Esprit ou Spiritains, Lazare Koffi Koffi, nous fait découvrir les premiers baptisés ivoiriens et les premières communautés chrétiennes depuis le XVIIe siècle, et nous replonge dans l’histoire des premiers peuples qui ont habité le rivage assinien, leur réaction au contact du Blanc, les jugements empreints de préjugés de celui-ci sur ces peuples. Lazare Koffi Koffi révèle par ailleurs que certains de ces missionnaires Blanc comme Mouëzy ne se gênaient pas de prendre position dans la vie politique de leur pays. C’est sans doute en raison de la richesse et de la variété des informations contenues dans ce livre, que Robert-Jonas Kouamé, essayiste désormais bien connu, l’un des premiers à l’avoir lu, le commentant, a pu écrire sur sa page Facebook le 13 juin dernier, les mots suivants qui le résument bien et dressent les questions qu’il soulève :
« Une œuvre scientifique de très belle facture à lire et relire. Afin de pouvoir capter les diverses informations qu’il y a en termes de culture générale sur les péripéties de la pénétration coloniale en Côte d’Ivoire, par les moyens de l’Etat français, dans ses relations complices avec les missionnaires chrétiens et surtout à partir d’un territoire Sanwi déjà organisé en Etat monarchique viable. Elle complète en cela les premières publications sur la colonisation du Sanwi. La porte d’entrée de l’occupation de la Côte d’Ivoire par la France… »

« En se plaçant dans la vision révolutionnaire qui est la nôtre, l’on imagine aisément cette œuvre aux mains de nos enfants, au lycée ou à l’université, dans le cadre de leur formation à la conscience de citoyens nouveaux, engagés en connaissance de causes pour les libertés individuelles et collectives et pour la souveraineté de l’Afrique. »

Le fait que ce livre critique sur l’évangélisation du Sanwi soit écrit par un chrétien confirmé, issu d’une famille chrétienne et originaire du Sanwi met-il en balance la foi chrétienne et la révolte de l’auteur pour sa patrie ? Vus les dénégations et la déconstruction de la culture de son terroir, provoquées par cette intrusion étrangère dénoncée ? En plus l’œuvre bénéficie de la préface signée d’un certain Jean Claude Djéréké, prêtre en rupture avec le clergé ivoirien, à cause de l’inertie de l’Eglise face à la crise ivoirienne !!! Je ne saurais répondre, il me faut relire encore…

Côte d’Ivoire. L’évangélisation du Sanwi (1637-1960). Un livre d’histoire de 228 pages édité chez L’Harmattan, dans la Collection L’Afrique qui se bat à découvrir et à lire. Praticiens de l’histoire, étudiants de l’histoire moderne et contemporaine de notre pays et surtout les prêtres, pasteurs, religieux et autres agents pastoraux etc. qui le liront, en tireront de nombreux enseignements.

AMONE GRACE

La voie Originale

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