À LA UNE À SAVOIR POLITIQUE — 25 mai 2019

LA DYNAMIQUE DE CONFRONTATION DES DEUX PRINCIPAUX COURANTS DE LA SCÈNE POLITIQUE IVOIRIENNE DE 1945 À 2010.

Lors du Colloque international en hommage au traceur de sillons de l’Histoire politique ivoirienne, l’immense Pr Jean Noel Loucou, j’ai prononcé une communication intitulée LA DYNAMIQUE DE CONFRONTATION DES DEUX PRINCIPAUX COURANTS DE LA SCÈNE POLITIQUE IVOIRIENNE DE 1945 À 2010.

Pr. Jean Noel LOUKOU



DEUX HÉRITAGES IDÉOLOGIQUES

Le premier courant de la scène politique ivoirienne, dit SOUVERAINISTE, est fondé en 1945 par le PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny. Il est foncièrement anti-colonial et milite pour l’indépendance (ou si vous voulez, pour l’autonomie, qui est le terme de convenance qui sied à cette époque).
Le deuxième courant, dit NÉO-CONSERVATEUR, est fondé en 1946 par les partis assimilationistes que sont le PPCI de Kouamé Benzème, le BDE d’Étienne Djaument, la filiale ivoirienne de la SFIO d’Adrien Dignan Bailly et l’EDICI de Sékou Sanogo. Il est pro-colonial et défend le maintien de l’hégémonie française, mais une hégémonie bienveillante.



L’ÉVOLUTION DES DEUX COURANTS



Acculé par la répression coloniale, en 1951 le PDCI se rallie au courant néoconservateur, dont il devient le parti unique en absorbant les quatre petits partis assimilationistes. Après son abandon, la ligne souverainiste est reconstituée et animée par quatre partis minoritaires (le FLN ou Kôtôkô, le MSA, l’UDCI et le MRA), qui fusionnent pour créer en 1958 le RPCI dirigé par Maître Assi Adam Camille. Aux lendemains du référendum de la Communauté franco-africaine où ce parti indépendantiste bat campagne pour le NON, il est interdit d’activité et son leader Assi Adam Camille est accompagné à la frontière entre la Côte-d’Ivoire et la Guinée et « prié de rejoindre son maître Sékou Touré ».



APRÈS L’INDÉPENDANCE



La ligne de fracture se transpose à l’intérieur du parti unique, où s’affrontent les deux courants. A ce propos, il faut comprendre la purge occasionnée par l’affaire des faux complots comme l’aboutissement de cette confrontation. Elle oppose LA VIELLE GARDE DU PARTI UNIQUE composée par Félix Houphouët-Boigny, Auguste Denise et Philippe Grégoire Yacé à la JEUNE GARDE constituée par les ténors de la J.R.D.A.C.I comme Amadou Koné, Charles Boza Donwahi, Joachim Bony, appuyés par Bernard Dadié, Ernest Boka, Jean-Baptiste Mockey et des étudiants ivoiriens de France comme Harris Memel-Fôtéh et Marcel Amondji.

Face à la vielle garde qui propose une orientation gaulliste du régime par l’établissement de relations fusionnelles avec la France, cette jeune garde défend l’idée de lutter plutôt pour l’indépendance économique qui passe à leurs yeux pour la « BATAILLE DE RATTRAPAGE » de l’indépendance politique inachevée. Ce nouveau courant souverainiste est neutralisé et réduit au silence, durant l’affaire des faux complots, dont la répression cible systématiquement ses hérauts.



LA REFONDATION ET LE RHDP EN 2010



Lors des élections de 2010, le RDR, parti né à gauche mais ramené dans le giron houphouetiste par Alassane D. Ouattara, et le PDCI de Henri K. Bédié défendent à travers le RHDP l’héritage politique du courant néo-conservateur, avec sa sensibilité pro-française et son discours mondialiste.
Et le FPI de Laurent Gbagbo reprend l’héritage politique du courant souverainiste avec sa rhétorique patriotique et sa vision d’émancipation du sérail français. D’ailleurs pour marquer symboliquement son rattachement à ce courant, lors de la cérémonie de lancement de sa campagne, Laurent Gbagbo reçoit des mains de Bernard Dadié, l’un des rescapés de la jeune garde souverainiste du parti unique, un flambeau allumé en guise de passage de témoin.


Dr N’goran BANGALI
Histoirien, enseignant-chercheu
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