À LA UNE À SAVOIR POLITIQUE — 23 septembre 2019

Les États-Unis perdent l’Asie-Pacifique alors que leur plan de domination totale continue d’échouer.

L’Amérique ne jouit plus de la primauté militaire dans la région Indo-Pacifique et sa capacité à maintenir un rapport de force favorable est de plus en plus aléatoire face aux nouvelles technologies de pointe dévoilées par la Russie et la Chine selon un récent rapport publié par le US Studies Center de l’Université de Sydney.

Travaillant toujours un peu plus fort que la plupart des gens pour rester un peu en deçà de la réalité, le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a fait des remarques particulièrement franches cette semaine sur le fait que le retrait étasunien du traité INF était fait pour assembler une force militaire contre la Chine.

USA le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper 83da800df90601394d56d619ad7

S’adressant à Fox le 21 août, Esper a dit :

« Nous voulons nous assurer que nous avons la capacité, comme il se doit, de décourager les mauvais comportements chinois… La Chine est la priorité numéro un de ce département. C’est décrit dans la stratégie de défense nationale, pourquoi nous pensons qu’il s’agit d’un concurrent stratégique à long terme et qui mène une campagne de maximisation, si vous voulez, dans tout le théâtre Indo-Pacifique, que ce soit sur le plan politique, économique ou militaire… »

Faisant écho au Dr Folamour de Kubrick, Esper a déclaré qu’il y a

« un basculement prévu » d’un « conflit de faible intensité qui dure depuis 18 ans à des conflits de forte intensité contre des concurrents comme la Russie et la Chine ».

Pendant que des exercices militaires américains dans le Pacifique se déroulaient aux portes de la Chine à un rythme accéléré depuis l’annonce du pivot vers l’Asie en 2011, avec pour le dernier semestre, Talisman Sabre[1], des manœuvres militaires entre les États-Unis et l’Australie et Ulchi Freedom [2], des jeux de guerre entre les États-Unis et la Corée du Sud, la Chine n’est pas restée à ne rien faire.

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En réponse à la vaste gamme d’infrastructures militaires américaines construites à la frontière chinoise, la Chine a réagi en dévoilant des technologies de pointe en matière de missiles antimissiles balistiques, y compris des armes hypersoniques pour contrer la menace américaine.

Une grande partie de la réponse défensive de la Chine comprend le système antimissile[3] russe S400, également adopté par l’Inde, la Turquie, la Syrie et les Émirats arabes unis comme système unifié qui rend les systèmes américains THAAD et ABM impotents et obsolètes.

  Cambodian Prime Minister Hun Sen (L) shakes hands with Chinese President Xi Jinping before their meeting at the Great Hall of the People in Beijing on April 29, 2019. Photo: AFP/Madoka Ikegami/Pool
CAMBODGE Sihanoukville-Cambodia

Bien que cela ne soit pas confirmé, les généraux américains auraient paniqué[3] à l’idée que la Chine soit en train de construire une base navale conjointe Chine-Cambodge dans la province de Preah Sihanouk, base qui donnerait à la Chine un accès facile aux eaux côtières du golfe de Thaïlande et à la Mer de Chine méridionale.

L’impuissance militaire des États-Unis face aux nouvelles technologies de pointe dévoilées par la Russie et la Chine a été soulignée dans un récent rapport[4] publié par le US Studies Center de l’Université de Sydney qui déclarait que

« l’Amérique ne jouit plus de la primauté militaire dans la région Indo-Pacifique et sa capacité à maintenir un rapport de force favorable est de plus en plus aléatoire ».

Faisant référence aux armes antiaériennes avancées de la Chine, le rapport indique[5] que

« les systèmes de contre-intervention chinois ont sapé la capacité de l’Amérique à projeter son pouvoir dans la région Indo-Pacifique « ,

ce qui, selon les auteurs, pourrait rendre les forces étasuniennes impuissantes dès les huit premières heures de conflit.

Plutôt que d’utiliser ces informations pour proposer une nouvelle doctrine de sécurité fondée sur la coopération et le dialogue, comme la Chine l’a proposé à maintes reprises, les auteurs du rapport se joignent au monde imaginaire d’Esper pour réclamer une stratégie de « défense collective » semblable à une OTAN du Pacifique, qui permettrait à tous les alliés des États-Unis dans le Pacifique de se joindre à une alliance militaire anti-chinoise et allégerait les États-Unis du fardeau qui lui revient de porter seule la Troisième Guerre mondiale.
Nous savons que cette OTAN du Pacifique fait l’objet de discussions depuis un certain temps et qu’elle a été au cœur des récents exercices navals [6] menés dans le Pacifique entre les États-Unis, l’Australie, le Japon et la Corée du Sud en mai 2019, au cours desquels 3000 soldats, deux destroyers japonais, un destroyer sud-coréen et deux frégates australiennes ont participé à leur premier exercice de guerre commun.

Ces perspectives ont également été à l’origine de l’exercice naval du mois d’août organisé par la Malaisie, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie à Guam. Les États-Unis ont 54 000 soldats au Japon et 28 000 en Corée du Sud.

Lorsque la Chine et la Russie ont effectué leur première patrouille aérienne conjointe à long rayon d’action dans la région Asie-Pacifique en juillet 2019, la Corée du Sud et le Japon ont lancé leurs avions de chasse pour intercepter les avions chinois et russes, la Corée du Sud ayant tiré des centaines de coups de semonce. Soutenus par les États-Unis, les deux pays asiatiques ont crié haut et fort (et sans preuve) que leur espace aérien avait été violé.

En réponse aux commentaires belliqueux d’Esper et du rapport australien, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré :

« La Chine est fermement sur la voie du développement pacifique et notre politique de défense nationale est de nature défensive ».

La Chine est allée plus loin en fournissant un cadre de coopération dans le cadre de l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie, qui s’articule autour du brillant programme politique consistant à apporter des solutions diplomatiques aux points de tension géopolitiques grâce à des stratégies de développement économique qui enrichissent tous les participants.

  Chinese Premier Xi Jinping, right, shakes hands with Malaysian Prime Minister Mahathir Mohamad before a bilateral meeting of the Second Belt and Road Forum at the Great Hall of the People on Thursday, April 25, 2019 in Beijing, China. (Andrea Verdelli/Pool Photo via AP)
Cette approche a permis à la Chine de se venger en désamorçant les tensions avec d’autres nations qui revendiquent des territoires dans la mer de Chine méridionale, en particulier sous l’orientation pro-Route de la Soie du président malais, le Dr Mahathir Mohammed [7] et du président philippin, Duterte[8].
Le Premier ministre Li Keqiang (centre), la ministre des Affaires étrangères de la République de Corée, Kang Kyung-wha, et le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kono, le 21 août. Photo: YONHAP/VNQ/CVN [9]

Ne se sentant pas à l’aise dans le feu croisé d’un échange nucléaire, le Japon et la Corée du Sud sont également allés jusqu’à créer un nouvel accord de coopération trilatéral avec la Chine, le 21 août, sur la base de

« projets d’échange de prochaine génération dans trois pays… Nous espérons discuter de partenariats et d’affaires régionales d’avenir, dont la Corée du Nord ».

L’accord permet également des investissements internationaux conjoints dans tous les pays opérant dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie. Ensemble, ces trois pays représentent plus d’un quart de la productivité mondiale et ont tout à gagner à travailler ensemble.

Ces responsables militaires américains qui font la promotion de la doctrine obsolète de domination totale dansent sur l’air d’une chanson qui a cessé d’être jouée depuis quelque temps.

La Russie et la Chine ont changé les règles du jeu à une multitude de niveaux et peuvent réagir avec une force suffisante à toute attaque contre leur sol, grâce à des armes de dernière génération dont les conséquences iront au-delà de tout ce que les théoriciens occidentaux enfermés dans leur tour d’ivoire peuvent imaginer.

Le navire de l’histoire du monde a changé de cap et s’est éloigné des rapides de la guerre et de l’effondrement économique, alors que l’initiative de la Nouvelle Route de la Soie atteint des proportions inimaginables il y a quelques années, et que les mois à venir seront décisifs car l’Occident est en pleine introspection et doit décider quel avenir il envisage d’avoir.

Matthew Ehret

Traduit par Wayan, relu par San pour le Saker Francophone

LIENS

  1. http://www.defence.gov.au/exercises/ts19/
  2. https://www.aljazeera.com/news/2019/08/south-korea-hold-war-games-north-korea-warnings-190805030106943.html
  3. http://www.globalconstructionreview.com/news/us-claims-china-will-begin-work-controversial-camb/
  4. https://www.theguardian.com/australia-news/2019/aug/19/us-defence-strategy-in-indo-pacific-region-faces-unprecedented-crisis
  5. https://www.ussc.edu.au/analysis/averting-crisis-american-strategy-military-spending-and-collective-defence-in-the-indo-pacific
  6. https://www.reuters.com/article/us-usa-japan-australia-southkorea/u-s-japan-south-korea-australia-hold-first-naval-drills-in-western-pacific-idUSKCN1ST0MA
  7. https://toronto.citynews.ca/2019/04/25/the-latest-malaysias-mahathir-vows-support-for-belt-road-2/
  8. http://www.fsi.gov.ph/the-belt-and-road-initiative-and-philippine-participation-in-the-maritime-silk-road/
  9. https://www.lecourrier.vn/chine-japon-et-republique-de-coree-sengagent-a-elargir-leur-cooperation/621831.html

source/ https://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-perdent-lasie-pacifique-alors-que-leur-plan-de-domination-totale-continue-dechouer

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