Je ne veux pas polémiquer, mais je lis des choses qui m’irritent, à propos de la réforme du service public hospitalier en Côte d’Ivoire. A la suite du gouvernement, beaucoup affirment qu’il ne s’agit pas d’une privatisation, et que les CHU resteront publics.

Je dirais que c’est pire que la privatisation, car comme dans le secteur de l’eau et de l’électricité, seuls les gros morceaux charnus de la « viande médicale » seront concédés à des opérateurs privés. Une unité de dialyse détenue par des privés, une unité de cancérologie détenue par un pays étranger, pourront se greffer au système hospitalier, et bénéficier d’un système de tarification à l’acte – tout comme les fournisseurs privés d’électricité bénéficient d’un prix garanti du kWh fourni, ce qui a permis un temps à Foxtrot, filiale du groupe Bouygues, d’appliquer des prix proprement indécents dans le cadre de la vente du gaz extrait du sous-sol ivoirien. C’est bien de cela qu’il s’agit quand le gouvernement parle de « mode de gestion privée » et de « participation des établissements hospitaliers privés au service public hospitalier ».

– J’attire l’attention de tous sur la réforme du code de la santé publique intervenue en France en 2015, et dont cette nouvelle loi ivoirienne pourrait bien être le pendant. Désormais, les centres hospitaliers universitaires français « peuvent prendre des participations et créer des filiales pour assurer des prestations de services et d’expertise au niveau international, valoriser les activités de recherche et leurs résultats et exploiter des brevets et des licences, dans des conditions et limites fixées par décret en Conseil d’État. » Lors des discussions autour de cette loi, la sénatrice communiste Laurence Cohen mettait en garde le gouvernement de François Hollande : « En autorisant les CHU à créer des filiales à l’étranger, à prendre des participations dans des sociétés commerciales ou à créer leurs propres antennes à l’étranger, vous entendez mettre fin à des prétendues « rigidités françaises », qui constituent au contraire, à nos yeux, une garantie contre la privatisation de la santé et du système hospitalier.

Nous nous félicitons de la reconnaissance du savoir-faire français en matière de soins, d’accueil et de prise en charge des patients. Mais nous estimons que les échanges peuvent continuer à s’effectuer dans le cadre de coopérations internationales, notamment en matière de recherche. De nombreux partenariats existent déjà, que ce soit au Vietnam ou en Algérie, pour ne prendre que ces exemples. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, ou AP-HP, y joue un rôle important. Mais, monsieur le ministre, ce n’est pas ce que vous souhaitez développer ! Vous voulez passer à une logique d’« hôpital-entreprise » à l’étranger. Au lieu de créer les conditions économiques pour renforcer notre système hospitalier public, vous allez permettre à ces établissements de se « refaire une santé » à l’étranger avec des opérations financières et commerciales ! »

Souvenons-nous qu’à l’époque des premières privatisations, ce sont souvent des sociétés publiques françaises qui ont racheté (parfois à un franc symbolique) des sociétés publiques d’Afrique francophone, avant de subir elles-mêmes la logique de privatisation.
– Voici des gens qui gèrent mal le patrimoine public, qui laissent faire des détournements monstrueux et puis qui disent « c’est mal géré, adoptons une gestion privée ».
– Mais pourquoi pas dans la même lancée privatiser la présidence de la République et les institutions ?


T. KOUAMOUO

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