À LA UNE À SAVOIR POLITIQUE SOCIÉTÉ — 19 septembre 2017
Voici le système créé au ministère de l´éducation nationale pour escroquer les parents d´élèves. Une multitude de fonds a été créée pour partager les frais avec les différents services du ministère de l’éducation nationale. Un système bien rôdé au profit de madame la ministre qui l´a renforcé d’avantage.

Après Amani N’Guessan Michel: Voici le partage de Kandia Camara.

Voilà une histoire qui va réjouir tous les pauvres parents d’élèves en particulier et tous les pauvres de ce pays en général.
De savoir que sans aucun effort, depuis 12 ans, les différents ministres de l’Education nationale, grâce à une idée de génie d’Amani N’Guessan, ancien ministre de l’Education nationale pendant sept longues années sous l’intrépide Laurent Gbagbo, sortent définitivement de la pauvreté dès leur première année de présence à la tête dudit ministère.

Jusque-là, d’Amany N’guessan à Kandia Camara en passant par Bleu Lainé, les choses se passaient dans la pure tradition africaine dominée par la discrétion et une célèbre loi non écrite : celle du silence des bénéficiaires.

Mais « L’Eléphant Déchaîné » fait partie désormais des sachants.

Une idée de génie signée Amani N’guessan;

 

Sous Laurent Gbagbo, des journaux de l’opposition avaient prêté à Amani N’Guessan, alors ministre de l’Education nationale, ces propos qu’il aurait tenus devant un auditoire ahuri : « Je ne serai plus jamais pauvre de ma vie. »
L’intéressé, devant les protestations qui fusaient de partout, avait mollement démenti s’être exprimé ainsi, sans juger nécessaire de revenir sur ce qu’il avait dit exactement. Laissant ainsi prospérer l’idée qu’il a bien dit une telle chose.

En réalité, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Amani N’guessan ne s’ennuyait pas à la tête de son ministère. Occupé qu’il était à distribuer à chaque rentrée scolaire, près de 20 milliards aux responsables des structures placées sous sa tutelle. En dehors du budget de son ministère.

Dès qu’il s’est installé dans ce ministère, il a eu tout de suite la géniale idée de créer les « COGES », comités de gestion des établissements scolaires. Un acte, il est vrai, très violemment critiqué à l’époque par l’opposition ivoirienne qui y voyait une légalisation de détournements de fonds. Le rôle assigné à ces « COGES » était de veiller au fonctionnement des écoles en aidant les proviseurs et autres censeurs à régler les conflits qui y surviennent, en effectuant les travaux légers de réfection des bâtiments, bref, de veiller à ce que les écoles soient mieux gérées. Et les bureaux de ces « COGES » étaient composés dit-on, de parents d’élèves et de responsables des établissements. Lesquels établissements en étaient tous dotés.

Ainsi, pour le fonctionnement de ces « COGES », le ministre Amani N’guessan avait décidé de prélever sur les 6 mille francs que payait chaque élève à son inscription ou à sa réinscription, la somme de deux mille francs. Appliqué à près de 4 millions d’élèves par année, cela faisait près de huit milliards de FCFA. Somme qu’Amani N’guessan répartissait discrétionnairement, selon un barème arrêté par lui seul, aux bureaux des COGES.

Quand on sait que depuis leur création, ces « COGES » n’ont en général fonctionné que grâce à des cotisations imposées aux parents d’élèves à chaque rentrée scolaire, on comprend aisément que les huit milliards étaient équitablement partagés entre le ministère et le ministère.

Mais ce n’est pas fini. Pour permettre aux responsables des lycées et collèges de maintenir leur ardeur au travail, le ministre leur avait alloué la somme de 1000 franc sur chaque inscription dans leur établissement. Ainsi, dans un lycée de trois mille élèves, le proviseur s’en sortait avec trois millions à chaque rentrée scolaire. Argent qu’il retirait du total des inscriptions avant d’acheminer le reste au directeur régional ou départemental dont dépend son école. Cette pratique se faisait sous la douce appellation de « Fonds d’Aide aux Etablissements Scolaires » (FAES). Par la suite, le directeur régional ou départemental était prié à son tour de faire parvenir le pactole au cabinet du ministre.—-

Là, le reste de l’argent est parcimonieusement reparti entre plusieurs structures placées sous la tutelle du ministre. Ainsi, le ministre était censé reverser 300 FCFA (soit environ 1,2 milliard) au « Fonds National de l’Ecole » (FNE) qui n’est autre que son cabinet sous une autre appellation ; 300 FCFA (soit environ 1,2 milliard) au « Fonds Régional de l’Ecole » (FREC) ; 500FCFA (soit 2 milliards) au « Fonds de Soutien à l’Education Nationale » (FOSEN), logé au cabinet du ministre et directement piloté par lui ; 400 FCFA (soit environ 1,6 milliard) au « Fonds de Soutien à l’Animation Pédagogique (FOSAP) ; et enfin 500 FCFA (environ 2 milliards) au « Fonds de Soutien au pilotage du Système » (FSPS).

En ajoutant tous ces montants à celui censé revenir aux « COGES » (2000F) plus les 1000F reversés aux chefs d’Etablissement, l’on obtient le montant total de 5000F (voir Fac Similé).

Or, l’inscription, comme chacun le sait, s’élève à 6000 FCFA. Où passent donc les 1000 FCFA (soit environ 4 milliards) restants ? Dans le « Fonds de Soutien aux Activités du Ministre » ?

Selon nos sources, ces 1000 F servaient à faire les cartes d’identité des élèves (200F pour la carte, 800F pour les photos). Photos qui bien évidemment, sont tirées et payées ailleurs par les élèves. Allez donc savoir ce que deviennent les 800F (environ 3,2 milliards sur l’ensemble des inscriptions).

Résumons donc. Sur les 6000 FCFA payés par chaque élève pour son inscription ou sa réinscription, aucun franc ne tombait dans les caisses de l’Etat. Tout était géré et reparti par Amani N’guessan de 2000 à 2006, avant de passer la main à Gilbert Bleu Lainé en 2007 après la signature de l’Accord de Ouagadougou. Amani N’guessan a donc ainsi partagé de ses petites mains, aux responsables des structures placées sous sa tutelle ou logées directement dans son cabinet, la somme de plus de 120 milliards environ en six ans. Bleu Lainé, pendant trois ans, n’a pas changé ce système si performant en termes de répartition souveraine et discrétionnaire de frais d’inscription dans les lycées et collèges publics.

Où vont les frais d´inscription en ligne? Kandia la réformatrice.Bild könnte enthalten: 1 Person, lächelnd

Il n’a pas fallu beaucoup de temps à Kandia Camara, nommée ministre de l’Education nationale depuis le Golf Hôtel en décembre 2010 et maintenue depuis à ce poste, pour comprendre que le meilleur moyen de contrôler l’argent qui circule dans les lycées et collèges à l’occasion de la rentrée scolaire est de retirer la collecte de cet argent des mains des responsables d’Etablissements.
Pour la confier à une structure appartenant de préférence à un camarade. Lequel saurait certainement se montrer reconnaissant au passage pour cet immense geste.


D’où la sélection, malgré les cris de colère des bailleurs de fonds, par un succulent marché de gré à gré, de la société CELPAID de son camarade de parti et accessoirement ministre de la Construction, Sanogo Mamadou, l’homme qui joue au football dans son bureau avec la carte de visite d’un avocat français. CELPAID est une société à responsabilité limitée unipersonnelle créée en novembre 2007 et que les Ivoiriens n’ont découverte qu’après la fin de la crise post-électorale, quand elle a inondé les journaux de publicité, de juin à novembre 2011. Sans doute pour préparer les esprits à mieux accueillir la nouvelle de sa sélection pour effectuer l’inscription et la réinscription en ligne des élèves des lycées et collèges.

La sélection de CELPAID est donc la première réforme du « système Kandia » qui consiste pour CELPAID à retirer le circuit des ressources générées par l’inscription et la réinscription des mains des chefs d’Etablissement. Et à reverser directement cet argent, non pas dans les caisses du trésor public, mais dans celles du Ministère de l’Education.

Selon la ministre, l’inscription et la réinscription en ligne avaient essentiellement pour avantages de mettre fin aux inscriptions parallèles et de permettre de contrôler les effectifs des élèves sur l’ensemble du territoire national. Et d’éviter aussi au passage, que les responsables de ces établissements, soupçonnés pour la plupart d’être d’affreux refondateurs, continuent à manipuler autant d’argent. D’ailleurs, pour la plupart, ils ont été dégommés et remplacés par des personnes plus politiquement commodes. Mais la confiance n’est toujours pas revenue.

Entre onze structures, l’argent circule mieux.

La deuxième réforme de Kandia a été, une fois que le camarade de parti lui a donné l’assurance qu’aucun centime ne restera dans les établissements entre les mains des responsables, de mettre en place la nouvelle clé de répartition des 6000 FCFA de frais d’inscription.

Amani N’guessan et Gilbert Bleu Lainé appelaient le « business », « Contribution des établissements aux différents fonds de l’école ». Kandia Camara ne s’est pas embarrassée d’une telle subtilité. Elle parle, elle, de « répartition des frais d’inscription et de réinscription des élèves ». C’est vrai que cette appellation a le mérite d’être plus courageux. Sous Ouattara, les ministres assument leurs « exploits ».

Ainsi, de sept entités sous Amani N’guessan, les structures à qui les frais d’inscription sont désormais répartis sont passées à onze (Voir Fac Similé). Et Kandia Camara n’y va pas de mains mortes, tant au niveau du privé que du public.


Allons-y donc pour la répartition au niveau du public :
  1. Celpaid : 1000 FCFA (soit environ 4 milliards si tous les élèves s’inscrivent en ligne).
  2. Comité de Gestion des Etablissements (COGES) voué aux gémonies sous Gbagbo mais maintenu en vie par Kandia Camara (on ne sait trop pourquoi) : 1700 FCFA (soit environ 6,8 milliards) distribués aux responsables de ces COGES selon une clé de répartition entièrement définie par la ministre. Mais n’allez pas imaginer quoi que ce soit.
  3. Le Fonds d’Aide aux Etablissements Scolaires (FAES), c’est-à-dire les Chefs d’Etablissement, comme la ministre a pris le soin de le préciser sur sa « Note Circulaire N°0500/MEN/IGEN/ki) datée de novembre 2011 : 850 FCFA (soit environ 3,4 milliards), donc une réduction de leur part, de 150 FCFA (environ 600 millions). Sous Amani N’guessan, les Chefs d’Etablissement percevaient 1000F sur chaque inscription. Vu que Sanogo Mamadou fait leur travail désormais à leur place, il n’y a pas de raisons qu’ils continuent à toucher 1000 FCFA. Ils doivent même s’estimer heureux que Kandia leur permette de prendre encore 850 FCFA.
  4. Fonds National de l’Ecole (FNE) c’est-à-dire la ministre ou le ministère : 200 FCFA (soit environ 800 millions).
  5. Fonds Régional de l’Ecole (FREC) c’est-à-dire les directeurs régionaux de l’éducation nationale (DREN) et les directeurs départementaux de l’éducation nationale (DDEN) : 200 FCFA (soit environ 800 millions).
  6. Fonds de Soutien à l’Education Nationale (FOSEN), c’est-à-dire le Cabinet de la ministre : 300 FCA (soit environ 1,2 milliard).
  7. Fonds de Soutien à l’Animation Pédagogique (FOSAP), antenne pédagogique : 175FCFA (soit environ 700 millions)
  8. Fonds de Soutien au Pilotage du Système (FSPS), quel doux nom ! C’est-à-dire l’Inspection générale de l’Education Nationale : 200 FCFA (soit environ 800 millions).
  9. Fonds de Soutien au Conseil Consultatif de l’Education Nationale (FACCEN, nouveau) : 75 FCFA (soit environ 300 millions).
  10. Fonds d’Appui au Suivi du Fichier des Elèves (FASFE. DIPES, nouveau) : 75 FCFA (soit environ 300 millions).
  11. Fonds de Soutien à l’Orientation et des Bourses (FSO, DOB, nouveau) : 75 FCFA (soit environ 300 millions).
  12. Fonds de Soutien à la Formation Continue (FSFC) : 75 FCFA (soit environ 300 millions).
  13. Fonds de Soutien à la Gestion du personnel (FSGP, nouveau), c’est-à-dire le Directeur des Ressources Humaines : 75 FCFA (soit environ 300 millions).


Au total, sur cette répartition, 500 FCFA reviennent directement au cabinet de la ministre, soit la somme d’environ 2 milliards, pour chaque rentrée scolaire. Ce qui, évidemment, n’a absolument rien à avoir avec le budget du ministère de l’Education nationale. Qui s’élève à près de 450 milliards de FCFA.


Mais le partage de tout ce gâteau lié aux frais d’inscription ne donne que la somme de 5000 FCFA. Or l’inscription ou la réinscription s’élève à 6000 FCFA. Il manque donc la somme de 1000 FCFA. Où passe cette somme ? Comme sous Amani N’guessan, elle est censée servir à la confection de cartes d’identité scolaires de chaque élève inscrit.


Cette carte, selon un arrêté N°106 du 17 octobre signé des mains de Kandia Camara et « portant institution et édition d’une carte d’identité scolaire unique pour les élèves des établissements secondaires privés et publics de Côte d’Ivoire », est « éditée chaque rentrée scolaire par la Direction de l’Informatique, de la Planification, de l’Evaluation et des Statistiques (DIPES) ». Article 3 de l’arrêté (Voir Fac Similé). Lequel précise que les élèves du secondaire public et du secondaire privé sont concernés par cette carte d’identité scolaire. Ce qui a provoqué la colère des responsables d’établissements secondaires privés qui y ont vu une manoeuvre de la ministre de leur retirer une partie substantielle de leurs revenus liés à la vente des cartes d’identité scolaires qui étaient jusque-là, propres à chaque établissement privé.


Dans une note circulaire N°1441/MEN/DIPES/bk datée du 24 octobre 2011, Kandia Camara a fixé le coût de la confection de cette carte d’identité scolaire à 1000 FCFA (voir Fac Similé). Appliqué à l’ensemble des élèves de l’Etat et ceux du privé, c’est au bas mot la somme de près de six milliards qui est consacrée à la confection de cette carte d’identité qui ne coûtait que 200 FCFA à l’époque. Les parents apportant eux-mêmes les photos de leurs rejetons à l’inscription.


Sauf que sur la fiche de répartition des frais d’inscription, nulle part il n’est mentionné la mise à disposition du « DIPES » (en réalité un nouveau service créé par Kandia Camara dès sa prise de fonction), de cette somme de 1000 FCFA censée servir à l’établissement de la carte d’identité scolaire. L’ombre continue donc de planer sur l’utilisation de cette somme de 1000 FCFA.


(Les Fac-similé sont disponibles sur le site de l’Éléphant déchaîné)
ASSALE TIEMOKO in L’Éléphant Déchaîné

ivoirois.com

 

 

Share

About Author

(0) Readers Comments

Comments are closed.