À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 21 juillet 2018

INTRODUCTION

 

L’objectif de ce dossier est de présenter l’homme qu’il est depuis qu’il est arrivé en Côte d’Ivoire pour comprendre (surtout pour les plus jeunes) son fonctionnement actuel.

 

Nous sommes en septembre 1989.

 

Houphouet Boigny et le PDCI-RDA tiennent les assises de ce qui deviendra, le dernier Conseil National de l’ère parti-Etat PDCI.

 

À ces assises, où toutes les couches socio-professionnelles de la Côte d’Ivoire sont conviées, il est question de sécurité mais surtout de mesures à prendre pour endiguer la crise économique qui frappe le pays dès 1988 avec la mévente du cacao.

En effet, dans la « guerre » déclarée du cacao, le vieil homme, ne voulant plus brader le cacao ivoirien à ses amis occidentaux avait décédé d’une rétention des stocks de production. Il voulait créer, ainsi, une pénurie sur le marché mondial en vue de décider les acheteurs à augmenter le prix d’achat. Il avait minimisé la loi du marché parce que la Côte d’Ivoire, certes premier producteur mondial de cacao, ne maîtrisait pas les mécanismes de mise à marché et ceux des régulations de ce produit de haute spéculation. Finalement la crise était là et il fallait trouver une solution. Ainsi, au cours du Conseil National, Houphouet Boigny propose une réduction du train de vie de l’État assortie d’une réduction des traitements salariaux des fonctionnaires et agents de l’État. Les fonctionnaires représentés dans la salle par leurs syndicats grognent.

Le Synares (Syndicat National de la Recherche et des Enseignants du Supérieur), par la voix de leur Secrétaire Général, le Professeur de médecine, le légiste Etté Marcel, demande publiquement à Houphouet Boigny d’instaurer le multipartisme qui pourrait libérer les valeurs individuelles par la démocratie.
.. Houphouet Boigny boude la proposition qu’il tourne, même en dérision. Quelques mois plus tard, il s’entête par le plan Koumoé Koffi (son ministre des Finances) afin d’imposer une réduction drastique de salaires. Entre temps, la rue grogne depuis le mois de février 1990, surtout avec la grève des étudiants et des élèves. Cette situation va secouer Houphouet Boigny et le PDCI.

I- L’ARRIVÉE DE ALASSANE DRAMANE OUATTARA EN CÔTE D’IVOIRE.

En fin avril 1990, Houphouet Boigny qui faisait de la résistance en disant que « les mesures seront intégralement appliquées » est poussé dans ses derniers retranchements. Il lâche du lest. Non seulement il abandonne ses mesures de réduction de salaires mais et surtout accepte le multipartisme par la mise en œuvre effective de l’article 7 de la constitution du 3 novembre 1960. Le gouvernement PDCI-RDA décide, en avril 1990, sur le plan politique, de la mise en place d’un comité interministériel à l’effet d’étudier les réformes qui s’imposent, de toutes les façons à la Côte d’Ivoire, parce que voulues par les institutions de Bretton Woods. Le club de Paris, principal créancier de l’État de Côte d’Ivoire impose à Houphouet Boigny, Alassane Dramane Ouattara, vice gouverneur de la BCEAO au compte de son pays, le Burkina Faso, intérimaire du Gouverneur Abdoulaye Fadiga, décédé, un peu plus tôt en octobre 1988. Le comité interministériel ainsi mis en place a pour objectif d’étudier les possibilités de mise en œuvre des réformes économiques. Mais en réalité, le choix ou la cooptation de Alassane Dramane Ouattara n’est pas fortuite car cela répondait pour le FMI à trouver un homme neutre et étranger au pays,, pour faire appliquer les mesures arrêtées. C’est donc dans ce contexte que le sieur Ouattara fait son intrusion dans la vie publique ivoirienne avec dans ses bagages, les Programmes d’Ajustement Structurel, les fameux PAS.

1-1- LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 1990
ET L’ENTRÉE EN SCÈNE DE ALASSANE DRAMANE OUATTARA

En octobre 1990, a lieu l’élection présidentielle qui oppose le président Houphouet Boigny, candidat du PDCI-RDA à Laurent Gbagbo, candidat du Front Populaire Ivoirien, opposant. Houphouet Boigny est élu, évidemment sans surprise, président. En novembre, ont lieu les premières élections législatives de l’ère multipartiste. L’opposition a 10 députés (9 FPI et 1 PIT). Houphouet Boigny forme son gouvernement le 30 novembre 1990. Il nomme contre toute attente de la part des barons du PDCI-RDA, Alassane Dramane Ouattara, premier ministre de Côte d’Ivoire et fait de lui le numéro 2 du PDCI-RDA (ce qui est une aberration de la part d’Houphouet, parce que l’homme n’a pas de passé militant au PDCI-RDA). Ainsi venait de naître un véritable problème dans l’histoire politique et sociale de la Côte d’Ivoire, tellement, le nouvel »homme fort » du PDCI-RDA et de la Côte d’Ivoire, voulait s’affirmer comme le véritable dépositaire du pouvoir exécutif, surtout avec un Houphouet Boigny, vieilli et miné par la maladie…

En fin janvier 1991, la direction de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) par la voix du Directeur Général d’alors, feu Mamadou Ben Soumahoro donne la parole au premier ministre Alassane Dramane Ouattara pour faire le bilan de ses 100 jours à la tête du gouvernement ivoirien. À une question tendancieuse du journaliste Lakpé Oré Raphaël de savoir si le Chef du gouvernement ivoirien a des ambitions politiques (par exemple devenir président de la Côte d’Ivoire), Alassane Dramane Ouattara, répond que c’est l’avenir qui décidera. Le ton et la cadence de la réponse avaient attiré notre attention…En cette année 1991, Alassane Dramane Ouattara commence à dérouler son véritable programme pour lequel il est arrivé en Côte d’Ivoire notamment l’application des PAS. Dans cette en place de ce programme, il ne veut pas être gêné ou contrarié par une quelconque opposition animée soit par les partis politiques, soit par la presse de l’opposition soit par les Étudiants et élèves (qui s’étaient constitués déjà en syndicat libre et autonome la FESCI avec la mise à mort du MEECI) soit par les forces du changement représentées par les syndicats libres. Il va conditionner et instrumentaliser la justice qui devient son bras séculier.

 

 
1-2: L’APPLICATION DU PROGRAMME D’AJUSTEMENT STRUCTUREL (1991-1992)

OUATTARA, le nouveau premier ministre forme son premier gouvernement qu’il baptise « gouvernement de technocrates », qu’il dit être capable de redresser une économie ivoirienne presque dans le coma. Or il la mettra sous perfusion. Aussi aux postes stratégiques de l’État (Douanes, régies financières, Port) il place ses hommes. Le programme avec lequel il débarque des fourgons du FMI, prévoyait la réduction, dans un premier volet, des dépenses de l’Etat à hauteur de 30%. La réforme structurelle, deuxième volet du PAS, incluait la privatisation des entreprises publiques de l’État de Côte d’Ivoire.

En effet, Alassane Ouattara, est en Côte d’Ivoire pour appliquer un plan directeur du FMI dont l’essentiel repose sur la privatisation. Il crée alors un comité de privatisation qui est rattaché directement à la primature. Ce comité passe des contrats leoniens, essentiellement avec de grosses entreprises françaises sans appel d’offres. Ainsi des entreprises publiques, jadis fleuron de l’économie ivoirienne aux heures des « trentes glorieuses ivoiriennes », sont cédées à 1 franc symbolique. Dans le secteur agricole, la Satmaci, Irho, la palmindustrie…sont vendues. La Sodeci et l’EECI sont vendues à Bouygues qui contrôle désormais l’eau et l’électricité. L’Office National des Télécommunications et son jumeau l’Office National des Postes sont vendus à France Télécom. La Société Ivoirienne des Transports Maritimes (SITRAM), la SISA et leurs navires qui faisaient la fierté de la marine marchande Ivoirienne sont liquidés. Les sociétés disparaissent à jamais. Quant aux navires, nous ne connaîtront jamais à combien de francs CFA ont ils été vendus et qui les a acheté. La Régie Abidjan Niger (RAN) qui gère le rail ivoirien n’est pas épargné. À ses privatisations ou ventes il faut ajouter les licenciements massifs des travailleurs parce que soit les repreneurs compressent leurs personnels soit les travailleurs sont jetés à la rue parce que les entreprises qui les employaient n’existent plus.

Cette privatisation en cascade, surtout qui se faisait dans une opacité sans égale, parce que l’opinion publique ivoirienne ne savait vraiment pas comment étaient acquises les entreprises privatisées et qui en étaient les acquéreurs visibles, avait fait écrire au journaliste, feu Diegou Bailly Jérôme, un article intitulé : »ALASSANE VEND ET RACHÈTE » dans une enquête menée par le journal LE JOUR de l’époque. Et selon une étude réalisée par le Groupe d’études prospectives (GDP ) pour évaluer les impacts des réformes, au économique et social, l’impact du Programme d’ajustement structurel a été très sévère dans notre pays. En effet, l’indice de la pauvreté a doublé, au niveau social, parce que l’application du programme a fait plus de chômage que d’emplois créés. Selon le GDP , le taux de pauvreté était passé de 5% à 20% entre 1993 et 1995 . Comme on le voit, une conséquence majeure du programme Alassane Ouattara. C’est un désastre le plan d’ajustement structurel.

Comme nous l’écrivions au début, le premier volet était de réduire les dépenses de l’État de Côte d’Ivoire de 30%. Déjà, les anciens gouvernements PDCI-RDA chantaient aux oreilles des IVOIRIENS que le secteur éducation/formation, engloutissait à lui seul, 43% du budget de fonctionnement, chaque année. Alors Ouattara, premier ministre, dans son plan de réduction des dépenses publiques va s’attaquer en premier lieu au secteur de l’éducation/formation, de l’enseignement et de la recherche. En effet, à la fin de l’année 1991, Alassane Ouattara décide de prendre un arrêté ministériel pour réduire le traitement salarial des enseignants et des éducateurs du préscolaire au supérieur. Cet arrêté stipulait que « tout enseignant, éducateur du secteur public recruté à partir de 1992, aura son salaire réduit de 40% par rapport aux salaires de ceux recrutés avant cette période… ». Cette mesure est baptisée « raccrochage ». Pourquoi raccrochage ? En effet, en 1976, suite à des revendications du Syndicat National des Enseignants du Second Degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI), le président Houphouet Boigny avait pris une mesure de décrocher tous les traitements salariaux des fonctionnaires du secteur public éducation) formation de la grille de salaires de la fonction publique. Ainsi des catégories A aux catégories D, les salaires des fonctionnaires du secteur n’étaient pas arrimés à la grille de la fonction publique. Cette mesure inédite créait deux catégories de fonctionnaires dans ce secteur. On avait donc une situation avec le raccrochage »à diplôme égal salaire inégal » ou des fonctionnaires de grades inférieurs étaient mieux payés que des fonctionnaires de grades supérieurs (parce que tout simplement ces derniers étaient raccrochés)… Cette mesure aura des conséquences dangereuses sur l’école ivoirienne…Au niveau de l’Université et des lycées D’ABIDJAN, les étudiants et les élèves perdaient aussi leurs avantages. En effet, dès septembre 1992, une mesure de retrait des cars et des bus spéciaux de transport était prise ainsi qu’une autre autorisait la fermeture des restaurants universitaires dans les cités de Yopougon, Port Bouet, Abobo…Les seuls restaurants laissés ouverts, ceux du campus de Cocody, les Palmiers et celui de Mermoz étaient privatisés… À l’intérieur du pays, presque tous les internats des lycées étaient fermés purement et simplement.

 

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Excellence Z

ALASSANE DRAMANE OUATTARA : LA GABEGIE ET LA PRISON COMME ACTES DE GOUVERNANCE (IIIè PARTIE).

Nous poursuivons notre dossier sur Ouattara et ses méthodes de gouvernance depuis qu’il a été introduit en Côte d’Ivoire d’abord comme président du comité interministériel (avril-novembre 1990) puis ensuite comme premier ministre (30 novembre 1990-7 décembre 1993). Aujourd’hui nous abordons la troisième partie, le grand II de notre exposé, intitulé, OUATTARA l’anti démocrate. L’objectif de ce dossier est de présenter l’homme qu’il est depuis qu’il est arrivé en Côte d’Ivoire pour comprendre (surtout pour les plus jeunes) son fonctionnement actuel.

II- OUATTARA, L’ANTI-DEMOCRATE.

Comment pouvait il être un démocrate à cette période ? L’homme n’était pas un homme politique puis il a été bombardé, numéro 2 d’un parti politique, le PDCI-RDA, qui lui même, malgré le multipartisme, avait du mal à se débarrasser des vieux habits et réflexes de parti unique, de parti-Etat. C’est donc un Ouattara tout puissant qui dirige désormais la Côte d’Ivoire. Il va alors faire les beaux jours du PDCI-RDA qui ne demandait qu’à casser de l’opposition ou toute autre velléité de contestation.

2-1- LES ÉTUDIANTS, LA FESCI, LE PDCI-RDA ET OUATTARA.

Les mouvements de contestation contre le parti unique en début 1990 ont été suffisamment animés par les étudiants à partir de février 1990. Comme conséquence majeure, la fin du MEECI et la naissance d’un nouveau syndicat estudiantin libre : la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) qui est créée le 21 avril 1990.. Quelques jours après sa création, Houphouet Boigny décrète l’année blanche. Les cités universitaires sont vidées et la FESCI n’a même pas le temps de s’implanter. À la reprise en septembre 1990, les étudiants avec la FESCI en tête conteste la présence des militaires sur le campus. Le PDCI qui avait déjà une liste d’étudiants et élèves, considérés comme meneurs des mouvements, procède à la radiation de ceux ci. L’atmosphère devient lourde. Mais cela n’empêche pas le nouveau Syndicat de fonctionner… Comment trouver une parade à la FESCI ? Ouattara, devenu entre temps premier ministre en fin novembre 1990, recrute Hamed Bakayoko, un étudiant en 2e ou 3e année de médecine à l’Université d’Abidjan. Celui ci a pour mission de rassembler autour de lui, tous ceux des étudiants qui sont des gros bras et qui font partie des loubards que le PDCI-RDA et Houphouet Boigny avaient recrutés après la proclamation du multipartisme à l’effet de boycotter les marches et meeting de l’opposition. Hamed Bakayoko et son groupe sont gérés directement par le directeur général du CNOU, Jean Vincent Zinsou, qui les loge à la cité universitaire de Mermoz.

2-1-1- LA PERCÉE DE LA FESCI ET L’ACTION DES LOUBARDS DE HAMED BAKAYOKO

Le 7 février 1991, la FESCI organise sa première conférence de presse à l’amphithéâtre Léon Robert de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines (FLASH) pour présenter officiellement le Bureau Exécutif National aux étudiants puis annoncer ses objectifs et son programme d’activités. À peine la conférence commencée avec l’annonce du Maître de cérémonie de l’entrée du camarade Ahipeaud Martial, SG, qu’une horde de loubards dissimulés dans le fond de l’amphithéâtre Léon Robert se déchaîne. Micro, matériels de sonorisation tout est sacagé. C’est la débandade. Du jamais vu ! Mais d’où viennent ils ? Qui sont ils ? Toujours est il que la conférence de presse n’aura plus lieu…Nos investigations nous amènent à la piste Hamed Bakayoko et aux étudiants loubards… C’est sûrs de notre position que deux jours après, le BEN de la FESCI demande et obtient un rendez vous à Monsieur Alassane Ouattara, premier ministre, pour exposer les dangers que les étudiants et l’Université courraient avec ces agissements aux antipodes de la liberté. À la rencontre à la primature, le premier ministre, allait augmenter la peine en demandant à la délégation de la FESCI de lui fournir « les preuves que la FESCI a été attaquée par des loubards… »

À partir de cet instant, les rapports entre la FESCI et Alassane Ouattara allaient être des plus tendus. Et lui, le premier ministre ayant reçu la mission de réduire la FESCI au silence ou de la faire disparaitre, allait actionner davantage Hamed Bakayoko et son groupe pour continuer à perturber les activités de la FESCI…Le 15 mai 1991, la FESCI organise une autre conférence de presse, cette fois ci au forum de l’Université, pour faire le point sur les revendications du Ndaya (aide demandée par la FESCI et accordée par Houphouet aux étudiants non boursiers à partir de la deuxième année, baptisée du nom de l’ONG de Thérèse Houphouet Boigny). C’était encore sans compter avec les loubards. En effet, malgré toutes les dispositions nécessaires de sécurité prises, le groupe de Thierry Zebié, loubard en chef du gang de Hamed Bakayoko, allait encore se signaler. Cette fois ci, ils avaient pour mission clairement définie d’assassiner le Secrétaire général, le camarade Martial Ahipeaud. Nous, avec plusieurs militants, surtout de notre cité Port Bouet III, allons nous dresser pour faire échec à l’action des loubards en faisant sortir le camarade Ahipeaud par une porte dérobée. Le camarade Ndri Marius de Port Bouet III s’étant interposé entre un couteau et Ahipeaud a eu la main perforée… En protestation de cette autre attaque, nous avons fait arrêter les cours à l’Université pour poser le problème de la sécurité et de la liberté d’expression. C’est ainsi qu’un grand meeting a été programmé à la cité universitaire de Yopougon, le 17 mai 1991 dans la soirée, pour recueillir l’avis des étudiants sur l’attitude à tenir. Le meeting s’est déroulé sans incident…Et contre toute attente, dans la nuit du 17 au mai 1991, la force d’élite de l’armée, la FIRPAC, conduite à l’époque par le lieutenant Faizan Bi Sehi et le commandant Lath fait irruption dans les deux cités de Yopougon pour casser de l’étudiant….

ALASSANE DRAMANE OUATTARA : LA GABEGIE ET LA PRISON COMME ACTES DE GOUVERNANCE

(IVè PARTIE)

Dans la IIIè partie nous parlions déjà hier du plan mis en place par le PDCI-RDA et dont l’exécution a été confiée au premier ministre pour étouffer toute contestation. Le multipartisme naissant devait être vidé de sa substance par les forces de l’ordre, l’armée ivoirienne devenue une force de répression en soutien aux étudiants-loubards de Hamed Bakayoko entretenus par le premier ministre Alassane Ouattara, logés et nourris par le Directeur Général du Centre national des œuvres universitaires (CNOU), Jean Vincent Zinsou. Toutes les activités de la FESCI et toute manifestation pacifique des étudiants devraient être perturbées par les loubards et réprimées par les forces en tenue.

2-1-2- LA DESCENTE DE L’ARMÉE À LA CITÉ UNIVERSITAIRE DE YOPOUGON.

Comme nous l’évoquions hier, la FESCI décide d’organiser des meetings d’information dans les cités universitaires pour recueillir l’avis des étudiants sur l’attitude à tenir face aux attaques récurrentes des loubards de Hamed Bakayoko. Il fallait demander l’avis des étudiants. Fallait il maintenir le boycott des cours jusqu’à ce que le problème de la sécurité soit résolu sur le campus de Cocody? Des meetings éclatés sont programmés à Yopougon et à Port Bouet III dans la soirée du 17 au 18 mai. Il faut rappeler que c’est seulement les soirs que les meetings sont programmés parce que la journée, presque les cités-dortoirs sont vides. Or, le PDCI-RDA avait décidé de faire taire définitivement la FESCI qui était, en si peu de temps, devenue le fer de lance de la lutte pour la liberté d’expression et syndicale, les libertés d’association dans cette nouvelle ère multipartisane. Dans la soirée, à l’insue des étudiants, un détachement de la Force d’intervention rapide des para commandos(FIRPAC) investit les environs de la cité universitaire de Yopougon. Il faut noter que la FIRPAC est une force d’élite créée par le Général Guei Robert, nouveau Chef d’État major des Fanci, un proche de Alassane Ouattara, et confiée au Lieutenant Colonel Faizan Bi Sehi. Dès l’entame du meeting, l’armée fait irruption dans la cité. Son intervention est violente : voies de fait, portes fracassées, courses poursuites. Le bilan de la répression donne lieu à plusieurs étudiants blessés.

À l’époque, il n’y avait ni téléphone portable, ni Facebook, ni internet, ni tweeter. Comment s’informer ou informer d’autres cités universitaires pour déprogrammer les meetings et éviter ainsi que tout le monde soit attaqué et blessé ? À Port Bouet III, nous eûmes notre salut, par la tenancière du maquis, LE LITTORAL, mitoyen à la clôture de la cité universitaire. En effet, des camarades qui y sont allés prendre une bière ont été discrètement informés par la tenancière qu’une descente de l’armée était prévue cette nuit dans toutes les cités universitaires où il y aurait des meetings. Les militaires envoyés en reconnaissance de la cité et qui sont passés par le maquis avaient trop parlé sous l’effet de l’alcool, peut être. Par cette fuite, Port Bouet III a été épargnée parce que nous avons annulé le meeting. Mais c’était une sorte de veillée parce que nous ne savions pas encore ce qui se passait dans les autres cités universitaires surtout celle de Yopougon… Le lendemain 18 mai matin, le camarade feu Youssouf Berthé de Vridi qui s’était rendu à Yopougon pour participer au meeting est venu nous informer de ce qui s’était passé cette nuit là, à Yopougon. Consternation totale. En l’absence des outils modernes de communication dont nous disposons maintenant, c’est le Nouvel Horizon, l’hebdomadaire du Front Populaire Ivoirien, (paraissant chaque samedi), qui informe les Abidjanais dans sa parution du jour, le samedi 18 mai 1991. RFI, BBC, donnent un écho plus médiatisé aux événements de Yopougon.

Rapidement, le FPI organise une conférence de presse. Laurent Gbagbo, alors Secrétaire général, demande des explications au gouvernement pour que la lumière soit faite sur cette barbarie de l’armée ivoirienne sur des étudiants dont certains ont été surpris dans leur sommeil. Le gouvernement Ouattara, sort de sa réserve pour minimiser les faits et accuser l’opposition d’être à la base de ce qui s’est passé à la cité universitaire de Yopougon. En effet, feu Bamba Vamoussa, alors ministre de l’éducation nationale va parler d’un »complot de Jacqueville » ourdi par l’opposition pour renverser le gouvernement Ouattara. Quant à Émile Constant Bombet, le ministre de l’intérieur de l’époque, il va minimiser les faits. Il s’exclama en ces termes : »pour une banale opération de maintien de l’ordre, on crie au loup… ». Cette déclaration de Bombet battait en brèche la thèse fallacieuse de Bamba Vamoussa qui parlait de complot de Jacqueville et nous situait sur la volonté réelle du gouvernement ivoirien et du PDCI-RDA d’éliminer définitivement la FESCI, et ainsi mettre fin à la contestation et à la liberté d’expression et d’association. Peine perdue. Aussi il faut noter qu’en pareille situation c’est le gouvernement qui prend en charge les soins des blessés. Mais ce ne fut pas le cas. On l’avait compris aisément parce que déjà dans cette même année 1991, au Zaïre de Mobutu, où les étudiants manifestaient également pour les libertés, il y avait eu une »nuit de longs couteaux » au cours de laquelle plusieurs centaines d’étudiants avaient été tués par les soldats de l’armée. Peut être, le gouvernement Ouattara voulait copier le Zaïre. Quoi qu’il en soit cette descente de l’armée avait été soutenue par les militants du PDCI-RDA dont des personnalités comme feu la ministre Grah Claire, pourtant enseignante à l’Université d’Abidjan. Elle avait conduit une délégation de femmes PDCI-RDA chez Alassane Ouattara pour lui apporter son soutien…

III- LES CONSÉQUENCES DE LA DESCENTE DE L’ARMÉE À LA CITÉ UNIVERSITAIRE DE YOPOUGON.

Elles sont nombreuses. Mais nous retiendrons la mort de Thierry Zebié (tué par des étudiants) le 15 juin 1991, la dissolution de la FESCI par Alassane Ouattara, la demande par l’opposition et les organisations syndicales et la mise en place d’une commission d’enquête sur les évènements de Yopougon par Houphouet Boigny, la grève de deux mois du SYNARES et du SYNESCI pour réclamer la lumière sur les évènements de Yopougon et la rétention de 2 mois de salaire des enseignants par Alassane Ouattara, le rapport de la commission d’enquête et le refus d’Houphouet de sanctionner les militaires accusés, la marche du 18 février 1992 et l’arrestation de Laurent Gbagbo et de plusieurs dirigeants de l’opposition et syndicalistes.

Excellence Zadi

Lundi, la suite.

Excellence Zadi

Demain la suite.

ivoirois.com

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