À LA UNE Dossiers ECONOMIE POLITIQUE — 11 octobre 2016
1° A partir de la fin du XVIIe siècle, le mercantilisme stipula qu’une nation ne pouvait s’enrichir que si elle transformait des matières premières à valeur modeste en produits finis à haute valeur ajoutée pour les revendre.
C’est dans ce but que les nations maritimes occidentales, notamment les Pays-Bas et l’Angleterre, furent les premières à fonder des «compagnies à charte» pour se procurer aux Indes orientales, en Afrique et en Amérique du Sud des matières premières. Celles-ci furent importées en Europe et transformées en produits finis, avant d’être à nouveau exportées.

Les bénéfices ainsi créés offraient, selon la théorie du mercantilisme, le profit maximal.

 

par Eberhard Hamer, professeur en sciences économiques.le-monde-vendu

Le système colonial du mercantilisme

Il est évident que les sources de matières premières furent disputées par de nombreux concurrents. C’est pourquoi les compagnies à charte, avec le soutien de leur gouvernement tentèrent de se procurer les sources de matières premières en s’appropriant des «colonies» pour les transformer en territoires hollandais, anglais, français ou espagnols.

Cela ne leur permettait pas seulement de garantir l’accès aux marché des matières premières et d’en tirer profit, mais aussi de tenir à l’écart les nations rivales.

C’est à ce colonialisme qu’est dû une bonne partie de la prospérité des Hollandais au XVIe et XVIIe siècle, des Britanniques du XVIIe au XIXe siècle et des Espagnols, des Portugais et des Français. En pratique, ce principe colonial est synonyme de l’exploitation des colonies à l’avantage de la nation européenne, cette exploitation étant militairement soutenue et protégée par elle.

La Seconde Guerre mondiale a terminé cette forme de colonialisme, car les puissances coloniales n’étaient plus en mesure de dominer suffisamment leurs colonies afin de pouvoir brider leurs désirs de liberté. C’est ainsi que le système colonial du mercantilisme s’écroula au cours du dernier siècle.

La FED: une machine à imprimer des dollars …

2° Le grand capital anglo-saxon eut, au début du XXe siècle, une idée alternative avec la fondation de la Federal Reserve Bank (FED, fondée en 1913): on peut piller des États étrangers en leur offrant des crédits élevés avec du papier-monnaie imprimé soi-même. Puis, on leur demande le remboursement de ces crédits par les intérêts, les intérêts composés et l’amortissement – donc sous forme de tributs perpétuels.

La base de cette pratique étant la FED, une véritable machine à imprimer des dollars. Le syndicat financier pouvait donc, à l’aide de sa FED, imprimer son propre argent, le mettre sous forme de crédits à disposition des banques et des États dans le monde entier et imposer ainsi, pratiquement à partir de rien, la servitude aux dettes à un nombre croissant de pays. 

 

Après avoir aboli la couverture-or du dollar, ce système de la servitude aux crédits, aux dettes et aux intérêts fut imposé au monde entier, par le biais des organisations financières dominées elles aussi par le même clan de la haute finance: le FMI, la Banque mondiale et l’ONU, ce qui eut comme effet que plus de 200 pays au monde devinrent tributaires d’intérêts au syndicat financier tandis que celui-ci fit stationner des troupes américaines dans ces pays pour sécuriser leur servitude à intérêts.

… et un empire à dollars

C’est ainsi que vit le jour l’empire à dollars avec des vassaux tributaires de montagnes de dettes et d’argent (en dollars) de créanciers n’ayant plus de couverture pour cet argent (monnaie fiduciaire).

Le système fut abusé et surchargé au point qu’une grande partie de ses vassaux, y compris les États-Unis eux-mêmes, ne pourront plus jamais rembourser leurs dettes. Le système est proche de l’explosion, et du crash – fait que confirma récemment le candidat à la présidence américaine Donald Trump.

L’empire du dollar en tant que deuxième empire colonial n’est pas seulement le plus grand et le plus omniprésent qui ait jamais existé au monde, il est aussi le plus rentable. Les revenus du syndicat financier tiré de ce système de servitude à dettes ont été plus grands que ceux provenant des colonies dans leur totalité.

Le deuxième empire colonial, celui du dollar, va bientôt exploser, comme un ballon, suite à une bulle d’air trop gonflée.

Acheter des entreprises à la criée et les transformer en monopoles mondiaux

3° Comme certains membres du syndicat financier (par exemple Soros, Rothschild) l’ont déjà annoncé, la deuxième phase du colonialisme va bientôt imploser.
Ils ont bien sûr déjà pris leurs précautions. Avec son argent fiduciaire, dont la valeur ne dépasse pas le prix du papier sur lequel il est imprimé, le syndicat financier anglo-saxon a acheté systématiquement les matières premières et les grandes entreprises du monde entier qui y sont liées (dans les domaines de l’énergie, des métaux, de l’eau, des semences etc.) pour créer des monopoles mondiaux lui permettant de toucher, en cas de disparition de l’empire financier, une rente différentielle à travers les prix monopolistiques redevables sur les matières premières – donc des gains spéciaux grâce aux chantage exercé envers les consommateurs du monde entier de ces matières premières.

Alors, ce ne seront plus les intérêts qui garantiront les revenus coloniaux, mais les prix élevés des matières premières monopolisées, dont le monde entier aura besoin et dont la vente sera automatiquement garantie.La nationalisation de sources pétrolières (Irak, Iran) ou de mines (Pérou), auparavant en possession du syndicat financier, ou le refus européen des semences génétiquement manipulées et monopolisées, ont montré que la puissance du monopole mondial du syndicat financier risque – notamment si les prix monopolistiques sont trop élevés –  que les Etats-nations limitent par voie législative les monopoles, les socialisent ou, comme l’a démontré le tournant énergétique, enlèvent toute valeur à des monopoles par un changement politique imprévu (énergie nucléaire).

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CETA/TTIP garantissent la position de monopole

Le syndicat financier a trouvé là-aussi une solution: ils ont fait élaborer, par des intermédiaires dans leur obédience parmi les fonctionnaires de l’UE et lors de négociations secrètes, le prétendu «accord de libre-échange» leur garantissant une position monopolistique dans les colonies.
  • Parallèlement, il empêche ces dernières de limiter par voies démocratiques, politiques ou légales la position monopolistique des monopoles atlantistes internationaux.

Étant donné que l’implosion de l’empire du dollar est imminente, il faut que TTIP passe en force d’ici à janvier 2017. Le syndicat financier et les États-Unis veulent rester le cœur de l’économie mondiale, misant donc de plus en plus sur des accords commerciaux pour sauvegarder leur système de domination internationale et leurs intérêts.Si l’on regarde de plus près les politiciens occupés à imposer les accords CETA/TTIP en Europe et quand on prend en compte à quel point ces personnes se trouvent dans des dépendances massives du syndicat financier des États-Unis, il ne faut surtout pas s’attendre à leur objectivité et loyauté envers les populations. Leur mission est claire: réaliser la troisième phase de la colonisation au profit des puissances atlantiques.    •(Traduction Horizons et débats)

*    CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) ou AECG (Accord économique et commercial global)
TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) ou PTCI (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), également connu sous l’acronyme TAFTA (Traité de libre-échange transatlantique)

par Eberhard Hamer, professeur en sciences économiques.

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TTIP – LES ENJEUX ÉCONOMIQUES (2ème partie)

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Dans l’accord TTIP, la clause assurant la prédominance de la«protection de l’investissement» sur de possibles lois nationales – caractérisées de discriminatoire ou d’«expropriation indirecte» par les arbitres – réduira avec certitude la souveraineté des gouvernements et des Parlements.
Pourtant, on prétend que cet accord apportera aux économies des États-Unis et de l’Europe suffisamment de bénéfices pour compenser la perte en souveraineté.

 

Une perte de souveraineté est-elle acceptable?

Afin de prouver cette affirmation, la Commission européenne a demandé au Centre for Economic Policy Research (CEPR) une étude approfondie sur les conséquences économiques d’une possible entrée en vigueur du TTIP. L’analyse fut réalisée et finalisée en 2013 sous le titre «Reducing trans-atlantic barriers to trade and investment».

Le gouvernement américain a également chargé son propre Département de l’agriculture (correspondant au Ministère de l’agriculture) de s’atteler à la même tâche. Dans l’ensemble, les résultats des deux analyses sont similaires. Il ne s’agit pas de la réduction des tarifs douaniers. D’abord, il faut préciser que le véritable objectif de cet accord n’est pas la réduction des tarifs douaniers, car ceux-ci sont déjà très bas ou totalement absents pour la grande majorité des marchandises.
En réalité, les taux des tarifs douaniers demandés par les États-Unis aux pays européens sont de 3,7% pour les produits agro-forestiers. Concernant les denrées alimentaires transformées, ils sont encore de 3,2% tandis que pour la grande majorité des produits restants, les taux des frais de douane sont de 1% au maximum. L’Europe demande pour les biens américains des taux de tarifs douaniers plus élevés: pour les produits alimentaires transformés 14,6%, pour les voitures 8%. Les taux de douane pour tous les autres biens sont environ les mêmes que ceux demandés à nos exportateurs par les États-Unis. 

Le véritable objectif principal de l’accord en vue 

Si le problème ne concerne pas les tarifs douaniers, notre attention doit se porter vers les dits «obstacles non tarifaires», c’est-à-dire les réglementations dans les domaines suivants:
  • modalités de la production,
  • normes techniques,
  • limites légales et juridiques des investissements,
  • normes sanitaires et hygiéniques.

L’abaissement de ces «barrières» est le véritable objectif principal de cet accord en vue. Pour autant que l’abolition des tarifs douaniers en vigueur soit totale, l’étude du CEPR considère, dans ce contexte, deux scénarios: l’harmonisation jugée faisable de 25% de ces normes ou l’objectif très ambitieux allant jusqu’à 50%. Il est évident que les résultats économiques de ces deux scénarios seraient très différents.

D’une part …Dans le premier cas (25%) l’étude considère qu’en 2027, l’Europe atteindrait une progression du PIB de 0,27% tandis que les États-Unis resteraient à 0,21%. Dans le meilleur des cas, l’Europe réaliserait une progression de 0,48% et les États-Unis de 0,39%. Calculé sur une année entière, dans ce cas optimiste, l’augmentation du PIB européen serait de 0,3%. Si donc la progression prévue sur le continent est de 1,83% en 2017, elle progresserait à 2,13%. Pour les familles européennes, cela reviendrait – en moyenne (mais n’oublions pas le «Poulet de Trilussa»1) – à 11,25 euros par mois et par personne. Pas beaucoup diront les uns, mais mieux que rien diront les autres. C’est vrai! Mais quelle est l’autre face de la médaille? et d’autre part. Continuons donc à analyser l’étude commandée par la Commission européenne. Selon sa description, certains secteurs,

  • telle l’industrie automobile, auraient des avantages
  • et d’autres, tels l’agroalimentaire et les machines électriques auraient des pertes.

En outre, on prédit une perte d’emplois de 0,6% aux États-Unis et en Europe.

  • Cela représente un million de travailleurs perdant leur place de travail et devant espérer trouver un nouvel emploi dans les autres secteurs – sans savoir quand et comment.

Nous avons parlé des études commandées par les parties négociant cet accord, mais ce n’est pas la seule analyse existante:

  • le professeur Jeronim Capaldo, économiste et chercheur au Global Development and Environment Institute de l’Université de Boston, a eu recours à une autre méthode d’analyse que celle utilisée par le CEPR et ses conclusions sont moins optimistes
    • Selon lui, en 2025, les emplois augmenteront aux États-Unis de 784 000 unités
    • alors qu’en Europe, ils diminueront de 583 000 unités.
  • Le pouvoir d’achat des familles ouvrières européennes diminuera chaque année de 165 à 5500 euros (en France) et les prix moyens des biens de base augmenteront, notamment en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne.

Le Brexit oblige à revoir toutes les études

A propos de la Grande-Bretagne, il faut préciser que les chiffres mentionnés ci-dessus se réfèrent à l’Europe actuelle.

Le Brexit obligera à revoir toutes les études, surtout parce que les Britanniques – avec les Espagnols, les Suédois et les habitants des États baltes – auraient été les plus grands bénéficiaires européens de cet accord. Si la progression de 9,7% attribuée au PIB anglais venait à manquer, il va de soi que la minime progression annuelle de 0,3% devrait être corrigée vers le bas. Avantage pour les États-Unis: l’augmentation du commerce transatlantique crée une réduction du commerce intérieur à l’UE. Ce n’est pas tout.

L’étude préparée par le Département américain de l’agriculture en 2015 se focalise uniquement sur le secteur agricole (Agriculture in the Transatlantic Trade and Investment Partnership) et conclut clairement que le commerce agricole transatlantique renverserait la situation actuelle en faveur des États-Unis:

  • les petites et moyennes entreprises européennes (surtout italiennes) seraient défavorisées:
    • l’Europe importera beaucoup plus de denrées alimentaires qu’elle ne pourra exporter et les ventes à l’intérieur de l’UE diminueront.
  • Peut-être est-ce la raison pour laquelle Obama insiste tellement sur l’ouverture du secteur agricole et les OGM tout en voulant en exclure les services financiers?

Toutes les études prennent en compte les différentes variables jouant un rôle au sein du commerce mondial en phase de croissance et en tiennent compte pour le calcul du PIB. On ne connaît pas les données réelles au cas où les interactions des pays tiers seraient moins positives que prévues. Il est cependant certain que l’augmentation du commerce transatlantique mènera dans tous les secteurs à une diminution du commerce intérieur de l’UE. 

Joseph Stiglitz: voie libre aux entreprises multinationales.

 Joseph Stiglitz, prix Nobel en économie, a déclaré en 2014 devant la Chambre italienne des députés: «Le Département du commerce négocie en secret, sans informer les membres du Congrès américain. La mise n’est pas les tarifs douaniers à l’importation entre l’Europe et les États-Unis étant déjà très bas … Ce sont les normes de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement et des consommateurs en général.

Avec cet accord, il n’est pas prévu d’obtenir une amélioration du système normatif et commercial pour les citoyens américains et européens, mais plutôt de donner carte blanche aux entrepreneurs (en premier chef les multinationales américaines) dont les activités économiques sont nocives pour l’environnement et les êtres humains …». Il faut vraiment s’interroger sur les motivations de nos hommes politiques voulant absolument signer cet accord. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

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L’accord Nafta: de mauvaises expériences

Pour le moment, nous voulons nous concentrer sur les expériences déjà réalisées avec un traité similaire par les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Bill Clinton, le promoteur principal de la réalisation de cet accord prétendit avoir créé 200 000 nouveaux emplois par année et avoir augmenté le pouvoir d’achat des Américains. L’Economic Policy Institute (www.epi.org/blog/naftas-impact-workers) a au contraire calculé que 700 000 emplois furent supprimés aux États-Unis.

  • Une étude analogue effectuée au Canada constata que l’Accord Nafta avait éliminé 350 000 emplois dans ce pays.
  • En théorie, c’est le Mexique, où de nombreuses exploitations agricoles nord-américaines s’installèrent, qui aurait dû en profiter. Cependant, dans l’agriculture, il y eut exactement le développement, auquel il faut s’attendre pour l’Europe:
    • En huit ans, 1 100 000 travailleurs agricoles («campesinos») durent abandonner leur lieu de travail.
  • En revanche, on força les travailleurs américains et canadiens à accepter des salaires plus bas, provoquant une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs américains de 12,2%.
  • Parallèlement, le nombre de Mexicains vivant dans la pauvreté augmenta de 36% à 50% de la population.
  • Les prix des biens de consommation se sont septuplés tandis que le salaire minimum ne s’est que quadruplé.
Précisément à travers cette expérience négative faite avec l’Accord NAFTA, il y a de plus en plus de politiciens américains commençant à remettre en question l’accord signé auparavant par leur gouvernement avec les pays du Pacifique (excepté la Chine).
Si Clinton I s’est si ostensiblement «trompé», il n’est pas exclu que Clinton II suive l’exemple de son mari, mais cette fois-ci aux dépens de nous Européens …    

(Traduction Horizons et débats)1    «Il pollo di Trilussa» est une expression utilisée en Italie pour se moquer des données statistiques. Donc, si quelqu’un mange un poulet et qu’un autre n’en mange pas, en moyenne, chacun a mangé un demi-poulet. Trilussa est le nom de plume d’un poète italien (anagramme de son nom Salustri) célèbre pour ses œuvres de haute tenue littéraire écrites en dialecte romain, ndlt.source/http://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2016/no-22-3-octobre-2016/ttip-les-enjeux-economiques-2e-partie.html

par Dario Rivolta,

Milan* 03.10.2016

Suite de la 1ère Partie >  1197 – TTIP – la forme juridique de l’arbitrage & Lorsque le «libre-échange» prime sur le droit étatique… et les «critiques» qui arrivent …Par Dario Rivolta – 19.09.2016

ivoirois.com

Source: sansapriori | 10 octobre 2016

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