SANTÉ SOCIÉTÉ — 29 avril 2017
Tâche immense, défi incroyablement titanesque, le projet de l’AMU a évolué au sein d’un environnement international réfractaire, à cette période, à la mise en œuvre de mécanismes d’assurance maladie obligatoire en Afrique, mais également dans un contexte ivoirien miné par une crise militaro-politique sans précédent.

 D’une manière générale, les Institutions bi et multilatérales d’aide au développement ont peu investi les questions du financement de la santé sur le continent africain et l’assurance maladie obligatoire ne faisait visiblement pas partie des « considérant » des développeurs, hors quelques programmes intégrant l’Initiative de Bamako comme moyen de surmonter les crises des financements publics de la santé.

La Coopération française s’est longtemps spécialisée dans l’appui à l’offre de soins, notamment hospitalière, et, dans une vision de santé publique, ciblait certaines pathologies. En matière de financement de la santé, elle prêtait exclusivement attention aux mutuelles de santé. Or, le constat général révèle que, sur le terrain, la propagation des mutuelles est lente et limitée.

A l’analyse, la raison du manque de soutien des partenaires internationaux en faveur de l’assurance maladie obligatoire résidait principalement au niveau d’une divergence fondamentale d’approche entre le choix opéré par les autorités ivoiriennes d’alors et la vision de la Communauté internationale. Là où le projet ivoirien proposait, dans une optique de justice sociale, une couverture de base minimale pour tous les membres du corps social sans exclusive, les partenaires internationaux, préconisaient, quant à eux, un mécanisme mutualiste tendant vers la couverture sectorielle des seuls acteurs du monde du travail organisé.

Finalement, en 2001, lors du vote de la loi sur l’AMU, la pensée de la Communauté internationale était « frileuse », voire, carrément hostile à l’assurance maladie obligatoire en Afrique, estimant, comme la France, en fonction de sa propre histoire, que la mutualité était le point de passage obligé vers des mécanismes plus globaux.

C. Ohouochi
Aujourd’hui, il est heureux de constater que les opinions ont, positivement, évolué sur la question.

L’environnement international est désormais favorable à l’avènement et à la mise en œuvre de dispositifs d’assurance maladie obligatoire dans les États africains. Dans la continuité des conclusions du G20 de Cannes (novembre 2011), l’Assemblée générale des Nations Unies a, en effet, adopté, le 12 décembre 2012, à l’initiative de la France, une résolution en faveur de la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) dans les pays du Sud. Cependant, les pays francophones d’Afrique doivent tirer leçon de l’échec de l’Initiative de Bamako.

En s’engageant aujourd’hui sur la voie de l’assurance maladie universelle comme réponse à la problématique cruciale du financement de la santé et de l’accessibilité aux soins, ces pays doivent avoir à l’esprit que l’Assurance Maladie (de même que l’ensemble des régimes de sécurité sociale) est née en Europe au 19è siècle, avec la révolution industrielle et l’émergence du salariat. Elle est le fruit et l’aboutissement de nombreuses et longues conquêtes historiques du corps social.

 Or, dans le contexte africain, cette assurance maladie obligatoire est plutôt l’émanation d’une volonté politique affichée. Elle peut être envisagée pour nos sociétés africaines en pleine mutation et au sein desquelles la promotion d’une culture proactive et préventive gagne de plus en plus de terrain. A condition que les États ne ratent pas le virage par manque de vision et de stratégie d’approche. Avec les atermoiements et les hésitations dans la mise en œuvre de la CMU de M. Ouattara, je crains fort que ce ne soit déjà le cas…

Ohouochi Clotilde Yapi

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