À LA UNE POLITIQUE SANTÉ SOCIÉTÉ — 28 mars 2014

Où en sommes-nous avec les médicaments et accouchements gratuits qu’on nous avait promis pendant la campagne présidentielle ? Du faux, rien que du faux. Voilà ce sur quoi les dirigeants actuels ont bâti leur stratégie de gouvernance.


Par Diomandé Sékouba

Qui est donc responsable de la mort tragique du mannequin Awa Fadiga agressée sauvagement dans la soirée du 23 mars à Abidjan dans un taxi avant d’être éjectée du véhicule qui roulait à vive allure? Uniquement les urgentistes du Chu de Cocody?

Voici la vérité qu’on veut nous cacher…

« La Ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida tient à présenter ses condoléances à la famille de Mademoiselle Fadiga Awa, l’assure de la compassion, et la félicite pour le comportement exemplaire qu’elle a eu pendant toute la durée de la prise en charge. La famille a eu des mots d’encouragements à l’endroit du personnel médical de garde et de permanence » Après avoir lu cet extrait du communiqué du ministère de la Santé, on tombe des nues ! Diantre !? Y a-t-il eu un fait similaire à celui d’Awa le 25 mars à Abidjan ou alors s’agit-il de l’affaire du mannequin Awa Fadiga décédée tragiquement au CHU de Cocody après deux jours sans soins ? A quel moment le père d’Awa, M. Karamoko Fadiga et son épouse complètement sonnés de voir leur progéniture balancée d’un service à un autre du CHU de Cocody avant de rendre l’âme sous leur yeux comme une chienne, ont pu se féliciter des bourreaux de leur enfant ? Bien évidement, Awa Fadiga n’est plus là pour donner sa version des faits. 


Le gouvernement Ouattara a donc désormais le beau rôle pour se blanchir outrageusement dans une affaire qui éclabousse le régime et est déjà parvenu dans les oreilles indiscrètes des organisations internationales des Droits de l’Homme.

La vérité qu’on veut nous cacher

 CHU Awa Fadiga

Qu’est ce qui s’est réellement passé ? Dans la nuit du dimanche 23 mars 2014, une jeune fille de 23 ans, du nom d’Awa Fadiga, faisant ses premières armes dans le monde alambiqué du mannequinat est agressée sauvagement dans un taxi à Abidjan. Transportée d’urgence par des bonnes volontés au CHU de Cocody dans un état comateux et grave, la jeune dame va souffrir et vivre le martyr sous les yeux des membres du corps médical de garde ce jour là. Impuissants, démunis et complètement dépassés ces derniers n’ont pu que se refiler le colis encombrant pendant plusieurs heures avant que Awa Fadiga ne rende l’âme le 25 mars au matin faute de soins adaptés.

Les responsabilités bien établies

Malgré ses manoeuvres, le gouvernement ne pourra pas faire passer l’affaire Awa Fadiga par pertes et profits. Ici, les responsabilités sont clairement établies. Premièrement, la très inquiétante question de la sécurité publique. Le phénomène des agressions dans les transports en commun à Abidjan n’est pas inconnu du ministre de la Sécurité, Hamed Bakayoko. L’ampleur de ces attaques à Abidjan a pris une telle proportion alarmante que les grandes chancelleries occidentales ont fermement déconseillé à leurs ressortissants de se retrouver dans des véhicules avec des inconnus dans la capitale ivoirienne. Il suffit par exemple de faire un tour sur le site internet de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire pour constater que ces faits sont marqués au rouge.


Awa Fadiga a peut-être la chance d’être un personnage public ce qui a mis son cas au grand jour. Mais combien sont-ils à Abidjan depuis de longs mois, les anonymes qui sont attaqués de jour comme de nuit, dans les taxis à travers les communes d’Abidjan. Ce terroriste nouveau qui s’est amplifié avec la guerre née de la crise postélectorale
a ses spécialistes à Yopougon, Abobo, Adjamé-Williamsville et Cocody II plateaux. A Abobo, ce sont les membres du gang « des microbes » qui s’installent désormais au volant des taxis communaux. Un complice embarqué à l’arrière du véhicule ou dans le coffre arrière et l’on sillonne la ville à la recherche de victimes à détrousser. A Yopougon, Williamsville et aux II plateaux, le complice du conducteur canaille est très souvent une femme assise innocemment dans le véhicule pour éveiller moins de soupçons.
En fait, le gouvernement Ouattara est très bien informé du phénomène.


Mais que fait-il pour l’enrayer ?

Rien. Les centaines de plaintes qui affluent dans les commissariats et autres postes de gendarmerie n’ont évidement jamais reçu la moindre oreille attentive du ministre Hamed Bakayoko. Tout le monde sait que ces agissements ne sont rien d’autre que du terrorisme social ambiant. Mais que fait le CCDO et la DST pour piéger ces bandits de grands chemins et ces terroristes (des miliciens et exchefs de guerre) qui sèment désolation et terreur au sein des populations ? Silence radio. Bien évidemment la DST est occupée à autre chose…

Les Chu d’Abidjan des mouroirs

ado maladie

Ce qui est arrivé à Awa Fadiga malgré les explications véreuses de la ministre de la Santé est symptomatique d’un mal qui ronge la société ivoirienne. En fait, personne ne peut désormais se soigner en Côte d’Ivoire s’il n’est pas nanti. Les urgences des hôpitaux ne sont plus que des centres commerciaux ou recevoir un premier soin quand on est un accident est un véritable miracle. Le groupement des sapeurs pompiers militaires (GSPM) qui se charge le plus souvent de l’évacuation des accidentés de la route dans les hôpitaux a produit selon nos sources un rapport fort bien détaillé pour dénoncer cette pratique qui consiste à laisser les patients gravement atteints dans les couloirs des hôpitaux disant attendre un parent avant de s’en occuper.


Très souvent, ces personnes inconscientes sont d’abord détroussées des biens qu’elles ont sur elle et oubliées sur les civières. Le ministre de la Défense a reçu dit-on copie de ce rapport alarmant des sapeurs pompiers militaires. Mais bien entendu ce n’est pas cela sa priorité. Le ministère de la Santé n’est pas exempt de reproches. « Le 24 mars 2014, son état de traumatisme crânien et de détresse respiratoire a nécessité la prescription d’un examen scannographique d’urgence du crâne, effectué hors du CHU de Cocody en raison de la panne de l’appareil du CHU. Le transport médicalisé vers le centre de radiologie a été assuré par le SAMU à 16 h 33 en raison de la détresse respiratoire de la patiente… ». Ecrit la ministre de la Santé pour se dédouaner dans l’affaire Awa Fadiga. Un vilain aveu qui met a nu les mensonges du régime sur l’épineuse question de la santé des ivoiriens.


Ainsi donc, la Côte d’Ivoire émergente de Ouattara souffre encore de problèmes de scanners défaillants ? Combien coûte un Scanner ? Alors que le président Ouattara
peut lui dépenser plus de 60 000 euro aux frais de la république pour une opération d’une hernie discale parfaitement réalisable ici en Côte d’Ivoire à presque zéro frais ?

Où en sommes-nous avec les médicaments et accouchements gratuits qu’on nous avait promis pendant la campagne présidentielle ? Du faux, rien que du faux. Voilà ce sur quoi les dirigeants actuels ont bâti leur stratégie de gouvernance.


Diomandé Sekouba
Aujourd’hui / du Vendredi 28 Mars 2014

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