À LA UNE Dossiers POLITIQUE — 16 septembre 2019

POUR RENDRE UN HOMMAGE MÉRITÉ À ROBERT MUGABÉ, Ivoirois.com a décidé de publier un dossier intitulé « ZIMBABWÉ: DE L’APARTHEID DE LA RHODÉSIE DU SUD AU RÈGNE DE MUGABÉ » en collaboration avec le Docteur Bangali N’Goran, historien et enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ.

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Il est auteur de plusieurs publications portant sur les méthodes syndicales, les stratégies politiques et les grands problèmes contemporains.

De Robert Gabriel Mugabé, l’image prédominante qui subsiste dans l’opinion publique internationale, c’est celui du « dictateur qui s’est accroché 37 ans au pouvoir ». Pour la conscience collective, le héros est sûrement mort au tournant de l’année 2002. Qui marque le début de la campagne de dénigrement médiatique visant à refaire le portrait de l’homme, en focalisant l’attention de l’opinion publique sur les effets des mesures d’étranglement déployées contre son pays. Le lynchage économique appliqué par la Grande-Bretagne et ses alliés occidentaux au Zimbabwe, font offices de représailles privilégiées par l’impérialisme international partout où il estime avoir été dépossédé.

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UNE MÉTHODE RÉPRESSIVE UTILISÉE CONTRE LE CUBA ET LA GUINÉE DE SÉKOU TOURÉ

Avant le Zimbabwe de Mugabé, le lynchage économique a été expérimenté contre le Cuba, après la vague de nationalisation décidée par le régime castriste à la chute du dictateur pro-américain Batista. Dans l’espace francophone africain, il a été utilisé contre la Guinée de Sékou Touré après le NON référendaire de 1958, et contre la Côte-d’Ivoire de Laurent Gbagbo durant la phase critique de la crise post-electorale de 201, qui l’a plutôt échappé belle en raison du dénouement rapide de la crise. Le Zimbabwe a dû faire face à ce même mécanisme de répression après la redistribution d’une partie des 70% de terres arables détenues par 6.000 fermiers blancs en 2002.

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Si le lynchage économique est tant privilégié par les puissances occidentales, c’est parce qu’il est le meilleur moyen de soulever son peuple contre un dirigeant récalcitrant, sans besoin d’organiser un débarquement militaire pour renverser son régime. En outre, c’est un puissant moyen de manipulation des consciences et de l’opinion parce qu’elle a le mérite de focaliser l’attention sur les EFFETS DE LA CRISE et non sur LES CAUSES AYANT ENGENDRÉ CES EFFETS. Par ailleurs, la gestion d’un État confronté au lynchage économique exigeant la prise de mesures autoritaires, cela apporte de l’eau au moulin de la politique médiatique de dénigrement orchestrée contre le régime à abattre. Que demander de plus ?

LES EFFETS DU LYNCHAGE ÉCONOMIQUE

Le Zimbabwe de Robert Mugabé, à partir de la réforme agraire de 2002, s’est retrouvé confronté à une série de sanctions économiques coordonnées par la Grande-Bretagne, son allié américain (USA), L’UE, l’OMC, le Commonwealth, la Banque Mondiale, le FMI et leurs ONG avatars. 141 entreprises et personnalité identifiées comme les piliers économiques du régime, donc de l’État, ont été coupées du système banquaire international. De même que l’État Zimbabwéen lui-même, soumis à la diète de toutes aides et possibilités de levées de capitaux sur le marché international.

Deux indicateurs pour vous permettre de comprendre à quel point ce lynchage économique a été violent. Au dernier sommet de la SADC, l’équivalent de la CEDEAO, regroupant 16 États de l’Afrique australe, son président en exercice, le tanzanien John Magufuli parlant de ces sanctions maintenues de 2002 à ce jour déclare : « Ces sanctions n’ont pas seulement affecté le peuple zimbabwéen et son gouvernement, mais l’ensemble de la région ». Si les effets du lynchage économique ont été ressentis au delà des frontières zimbabwéennes par toute la région, qu’en est-il alors de l’économie du pays ciblé ?

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En juin 2019, le niveau de l’inflation était de 179 %. Au pic de cette crise, en 2008, le dollar zimbabwéen avait chuté au point où 1 dollar américain valait environ 100.000 dollars zimbabwéens. La banque centrale a même dû émettre un billet de 100.000 milliards de dollars zimbabwéens. Oui vous avez bien lu, 100.000.000.000.000. Dans une situation où 10 millions de dollars zimbabwéens ne sont bons que pour acheter quelques miches de pain ou une poignée de fruits, ces chiffres faramineux imprimés sur un seul billet valent à peine plus que la valeur du papier lui-même. Concernant le niveau d’inflation, à titre de comparaison, celle de l’espace F CFA est plafonnée à 17% ; au delà de 50% c’est la dévaluation comme en 1994, avec son lots de drames sociaux. Au Zimbabwe, ils en sont à 179%. L’État s’y est retrouvé, plusieurs fois, en cessation de paiement des salaires et n’a dû son salut qu’à l’aide accordée par le régime M’BEKI. Ce chef d’État sud-africain, le meilleur allié que Mugabé n’ait jamais eu a fait le nécessaire pour que le Zimbabwe tienne, le temps que passe la tempête. Mais finalement elle ne passera jamais, vu que les auteurs de ce lynchage économique orchestré à coup de sanctions n’ont toujours pas obtenus gain de cause, à ce jour.

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Les deux millions de réfugiés économiques Zimbabwéens expatriés en Afrique du sud, la gouvernance autoritaire adoptée par Mugabé pour rester au pouvoir et « finir coûte que coûte le boulot », le vieillissement des infrastructures économiques du pays, le bashing médiatique, et l’extrême fragilisation de l’économie du pays, sont les EFFETS DU LYNCHAGE ÉCONOMIQUE orchestré par les différents gouvernements britanniques. Si vous voulez savoir pourquoi l’ANC sud-africain réfléchirait par deux fois avant d’opter pour la redistribution des terres et des 85% de richesses détenues par les 8,7% de sud-africains blancs, regardez ce qui est arrivé au voisin Zimbabwéen. L’analyse aprioriste réduit aujourd’hui la gouvernance post-réforme agraire à celle d’une dictature, là où il faut plutôt se demander comment Robert Mugabé a réussi l’exploit de maintenir l’État zimbabwéen debout face à un lynchage économique d’une telle ampleur.

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Docteur Bangali N’Goran

Historien et Enseignant-chercheur à l’Université Jean LOROUGNON GUÉDÉ

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